TEST Nioh 3 : L’une des pépites de 2026

Après plusieurs années de discrétion, la franchise Nioh s’apprête à faire son grand retour, 6 ans après la sortie du deuxième opus. Si la PS5 a accueilli entre temps une collection regroupant des versions optimisées de Nioh et Nioh 2, Koei Tecmo a eu la sage idée de mettre la licence de côté, le temps de boucler quelques projets tels que Wo Long: Fallen Dynasty ou encore Rise of the Ronin. Une pause bien méritée pour revenir plus en forme que jamais, avec une formule repensée autour d’un cheminement moins linéaire et de gros ajouts en termes de gameplay. Une chose est sûre, Nioh 3 est d’ores et déjà l’un des jeux de l’année.

Test réalisé sur PS5 Pro à l’aide d’une version numérique fournie par l’éditeur

Un passif compliqué

On a parfois tendance à oublier que si la franchise Nioh est désormais bien installée dans le paysage vidéoludique (le premier Nioh s’était écoulé à plus de 3 millions de copies en 2020), elle revient pourtant de loin. En effet, le premier jeu Nioh, dont le nom romanisé était initialement stylisé Ni-Oh, a connu un développement chaotique qui s’est étalé sur plus de 12 ans. Ayant débuté en 2004 et visant une sortie sur PS3, le jeu passera entre les mains de différentes équipes et changera de genre avant d’atterrir dans les locaux de Team Ninja. Il prit alors la forme d’un action RPG exigeant dans la veine de Dark Souls, qui était à l’époque au plus haut de sa renommée avec la parution du dernier titre de la trilogie.

Si le développement du jeu fut aussi compliqué, c’est en partie lié à l’implication de Yoichi Erikawa (plus connu sous le pseudonyme de Kou Shibusawa) en personne dans le projet. Son regard sur les différentes phases du développement mèneront le jeu sur la voie que l’on connaît aujourd’hui. Ce dernier aura d’ailleurs expliqué que l’attente des joueurs japonais est la seule raison pour laquelle le jeu n’a pas été annulé. On peut donc remercier nos amis nippons pour leur enthousiasme sans bornes envers le projet, puisqu’il nous permet aujourd’hui de poser les mains sur le 3ème opus d’une licence qui a fait tousser du sang à pas mal de joueurs.

Car c’est le principe même de Nioh que celui d’offrir une aventure exigeante dans un japon mêlant folklore, légendes et tradition ; le tout dans un écrin historique qui met en avant des grandes figures ayant marqué l’époque Sengoku. La franchise reprend effectivement des bases du souls-like mais s’en affranchit en prenant une direction opposée sur le fond.

Yokai smash

Si Nioh 3 est, comme son nom l’indique, le troisième opus de la franchise, et se déroule après les événements de Nioh et Nioh 2 (qui était un préquel), il n’est pas nécessaire d’avoir joué aux précédents opus. Son histoire n’est pas directement liée aux jeux précédents, ce qui permettra aux nouveaux venus de découvrir la série dans une formule retravaillée qui fonctionne à merveille et permettra sans doute de toucher un plus grand public. Mais il faudra consentir à faire quelques efforts pour pénétrer dans cet univers impitoyable.

Nioh 3 nous place dans la peau d’un personnage que l’on crée intégralement mais dont l’identité est définie par le scénario : Tokugawa Takechiyo. Notre héros (ou héroïne) est sur le point d’être nommé shogun, lorsque Tokugawa Kinumatsu, son jeune frère, renverse l’ordre établi en trahissant sa famille. Rongé par la haine et la jalousie, le frangin s’allie aux forces des ténèbres pour parvenir à ses fins et lâche une horde de yokai. Après quelques didacticiels et yokai démembrés, Kunimatsu nous fait face et, après une humiliation dans les règles de l’art (vous pouvez toujours tenter de remporter le combat, c’est faisable mais le jeu ne vous offrira rien pour cette performance), le scénario nous dévoile son concept de voyage temporel.

Encore un jeu qui propose de voyager à plusieurs époques, un peu comme Code Vein II dont on vous avait longuement parlé plus tôt cette année. Toutefois, Nioh 3 ne se limite pas seulement au passé et au présent, mais permet aux joueurs de visiter plusieurs époques, que l’on vous laissera le plaisir de découvrir par vous-même. Toujours est-il que cela fonctionne bien et que, si le scénario dicte la découverte d’une nouvelle époque, on pourra les visiter à loisir une fois débloquées.

Ici, il n’est plus simplement question de couloirs, mais d’environnements plus vastes à explorer. On sent que Team Ninja a appris de ses erreurs sur Rise of the Ronin, qui proposait un monde ouvert vaste, mais malheureusement vide. Le studio est revenu sur un schéma moins ambitieux, mais qui fonctionne tout aussi bien. Le jeu propose tout au long de son aventure plusieurs zones ouvertes, dont la superficie reste limitée mais à la construction maîtrisée. C’est l’une des principales nouveautés de Nioh 3, qui n’impose pas au joueur une direction à suivre : le jeu se contente de nous indiquer la mission à suivre, libre à nous de foncer en ligne droite ou d’en profiter pour visiter les lieux et occire moult boss tout en complétant quelques quêtes secondaires.

La carte propose l’avantage de se dévoiler au fur et à mesure que l’on progresse dans les différentes parties et quartiers de cette dernière. Avec 4 niveaux d’exploration, le 1er étant le plus bas et le 4ème le plus haut, on découvre au fur et à mesure l’ensemble des trésors, purgatoires, et yokai amicaux à trouver. Cela évite le sentiment d’être accablé par un grand nombre d’éléments à trouver, et les différents marqueurs ne s’accumulent pas tellement.

Les activités annexes ne manquent donc pas, et s’il est tout à fait possible de passer à côté, ce n’est évidemment pas conseillé. Tout d’abord, parce qu’elles permettent déjà d’engranger de l’amrita et de l’or, deux ressources très utiles pour respectivement augmenter le niveau de son personnage et effectuer des achats auprès des marchands ou améliorer son équipement (en plus des matériaux requis).

Samouraï ou ninja, il faut choisir son camp ?

L’une des grandes nouveautés de Nioh 3, c’est cette dualité de styles qui s’impose dès les premières heures. D’un côté le Samouraï, fidèle à ce que la franchise a toujours proposé avec ses changements de stance et son système d’impulsion de Ki ; de l’autre, le Ninja, plus récent et franchement séduisant. La transition entre les deux se fait naturellement : on commence par switcher selon les situations, puis on finit par adopter un style de prédilection. Dans notre cas, c’est le Ninja qui a pris le dessus, et ce n’est pas vraiment une surprise.

Le mode Ninja est plus dynamique, ouvre davantage de possibilités grâce aux Ninjutsu et s’affranchit du système d’impulsion de Ki, qui lui, demande un vrai temps d’adaptation. Pas parce que le concept est obscur, mais parce que le Samouraï consomme plus de Ki en attaquant, ce qui impose une gestion constante de la jauge. Et puisque l’impulsion de Ki prend un court instant à exécuter, elle ouvre une fenêtre d’attaque aux ennemis. Face à un boss bien agressif, ce petit détail peut coûter très cher.

Le Ninja s’en dispense au profit du Brouillard, une esquive bien timée qui laisse une image fantôme derrière soi pour se repositionner et punir l’adversaire. C’est plus instinctif, plus explosif. La bonne nouvelle, c’est que les deux styles sont parfaitement viables et que le jeu encourage intelligemment à en maîtriser les deux, notamment via la Rupture : un contre puissant déclenché en changeant de style au bon moment, qui récompense les joueurs qui se donnent la peine d’exploiter pleinement le système.

Bienvenue au Purgatoire

Les Purgatoires sont sans doute l’élément le plus marquant de Nioh 3. Ces zones corrompues transforment des espaces familiers en véritables épreuves d’endurance : les yokai y tapent plus fort, les debuffs s’accumulent et la Corrosion de Vie fait des ravages. Plus vous prenez de coups, plus votre barre de vie maximum diminue. Se battre bien n’est plus seulement une question de style, c’est une nécessité mécanique.

Les premiers Purgatoires mettent une pression sérieuse, et ce serait mentir que de prétendre ne jamais avoir sué devant l’un d’eux. Passé cette phase de rodage, ils se font un peu plus facilement, au fur et à mesure que l’on maîtrise les subtilités du gameplay et que l’on affûte son build (pour peu que l’on puisse parler de build sur la première run en NG). Les Purgatoires Inférieurs, eux, servent de version allégée pour notamment grappiller quelques améliorations permanentes dans la zone en cours. Une bonne idée pour motiver le joueur à explorer et réaliser un maximum d’activités annexes. C’est d’ailleurs l’une des forces de Nioh 3 que de savoir rétribuer le joueur qui fera face au challenge.

En parlant de difficulté : Nioh 3 est sans conteste le plus accessible des trois opus. Nioh premier du nom était une vraie muraille, Nioh 2 avait déjà lissé quelques angles, mais Nioh 3 franchit une étape supplémentaire. La formule plus ouverte, le mode Ninja et la liberté de build contribuent largement à rendre le jeu moins hermétique pour les nouveaux venus. Ce n’est pas pour autant une promenade de santé : les premiers Purgatoires et quelques boss bien costauds sauront rappeler aux joueurs les moins aguerris qu’ils ne sont pas sur du terrain ami. Dans l’ensemble, les pics de difficulté sont bien dosés et rarement arbitraires : on comprend toujours pourquoi on s’est fait démolir. Ce qui n’empêche pas d’avoir parfois envie de croquer sa manette. Mais rassurez-vous : nos DualSense vont bien – à 70 € l’unité, il vaut mieux en prendre soin.

Du loot, du loot et encore du loot

Nioh 3, c’est aussi une machine à récompenses. La quantité de loot qui tombe en permanence, les effets visuels et les flashs lumineux à chaque nouvelle pièce d’équipement jouent exactement sur les mêmes leviers psychologiques que les jeux free-to-play. Et ça fonctionne. On se retrouve à casser du yokai non plus uniquement pour progresser dans l’histoire, mais parce que le prochain drop pourrait bien changer la donne. Cette mécanique de progression permanente, combinée aux nombreuses possibilités de builds, donne au jeu une profondeur qui lui permet de se renouveler sur la durée. Sur une soixantaine d’heures en réalisant quasiment l’ensemble des quêtes annexes, l’envie de continuer n’a jamais vraiment flanché.

Le sound design participe largement à cette satisfaction. Les impacts sont percutants, le feeling des armes est excellent et la puissance des coups se ressent dans chaque échange. Même chose pour l’OST, qui oscille intelligemment entre thèmes épiques et sonorités traditionnelles et folkloriques, toujours dans le thème, jamais envahissante.

Un Katana Engine qui manque encore d’affûtage

Sur PS5 Pro, Nioh 3 s’en sort correctement, sans pour autant impressionner. Au lancement, on a pu noter quelques ralentissements en mode Performance et deux ou trois crashs – heureusement corrigés depuis par les patchs successifs. L’optimisation PS5 Pro est quasi inexistante, ce qui est dommage car la direction artistique du jeu est réellement soignée. Les effets de lumière sont beaux, les ombres sont bien gérées par le Katana Engine, mais Team Ninja semble toujours avoir du mal à pousser son moteur graphique dans ses derniers retranchements. On s’y fait vite, d’autant que le 60 fps tient la route une fois les correctifs appliqués, mais on ne peut s’empêcher de penser que la franchise mériterait un vrai coup de polish sur ce plan.

On ne peut pas non plus passer sous silence quelques travers. L’histoire, d’abord. L’idée du voyage temporel est sympathique sur le papier : elle justifie l’existence de plusieurs maps à traverser et donne au joueur la satisfaction de visiter différentes époques du Japon. Mais la narration reste en retrait, les personnages secondaires historiques apparaissent, disent des choses vaguement mystérieuses et disparaissent sans vraiment marquer. On joue pour fracasser du yokai, et c’est très bien ainsi ; in fine, l’histoire n’est finalement qu’un prétexte honorable.

L’autre ombre au tableau, c’est la réutilisation un peu trop généreuse de boss secondaires issus des deux premiers opus. On comprend les contraintes de développement, mais face à un catalogue aussi riche en termes de bestiaire, on aurait apprécié davantage de créativité dans la conception des ennemis. Manque de temps, budget contraint ou choix délibéré pour satisfaire les vétérans de la saga ? La question mérite d’être posée.

Verdict

Difficile de ne pas voir en Nioh 3 l’une des très bonnes surprises de ce début d’année. Team Ninja signe une évolution ambitieuse et plutôt réussie de sa franchise, avec une formule semi-ouverte qui fonctionne, un système de combat en constante évolution et une accessibilité bienvenue sans jamais trahir l’ADN de la série. Certes, le moteur graphique montre ses limites, l’histoire ne passera pas à la postérité et la réutilisation de boss familiers agacera les vétérans. Mais passé le temps d’adaptation – surtout pour les nouveaux venus – Nioh 3 révèle une profondeur de gameplay, un sound design jouissif et une générosité de contenu qui donnent franchement envie d’y revenir. Il n’est toujours pas pour tout le monde, mais pour ceux qui lui accorderont le temps qu’il mérite, il y a fort à parier que Nioh 3 s’imposera comme l’un des jeux marquants de 2026.

85/100
Score total iIl s'agit d'une appréciation générale du jeu de la part du testeur et non d'une note à proprement parler.

Points forts

  • L'ajout du mode Ninja, une très bonne idée
  • Plus accessible que ses prédécesseurs
  • Du loot à foison
  • Et de nombreuses possibilités de builds
  • L'exploration offerte par les zones ouvertes du jeu est bienvenue
  • Très généreux, tant en termes de contenu qu'en termes de durée de vie
  • La direction artistique est réussie
  • Le sound design et les effets visuels rendent l'ensemble satisfaisant au possible

Points faibles

  • L'histoire n'est pas des plus passionnantes, malgré des efforts
  • Techniquement, ce n'est toujours pas au point
  • Le jeu réutilise énormément des boss de Nioh et Nioh 2 en tant que boss secondaires
  • Il y a quand même beaucoup d'éléments de gameplay à appréhender
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