TEST PARANORMASIGHT: The Mermaid’s Curse : quand Square Enix ose le visual novel horrifique

PARANORMASIGHT: The Mermaid's Curse

Associer Square Enix au visual novel horrifique n’est pas le premier réflexe qui vient à l’esprit. Pourtant, c’est sur ce pari aussi étrange qu’étonnant que le studio mise une seconde fois avec Paranormasight: The Mermaid’s Curse. Après Paranormasight: The Seven Mysteries of Honjo, sorti en 2023, l’éditeur propose de nouveau une enquête aux tonalités surnaturelles, profondément ancrée dans les légendes urbaines japonaises. Pas besoin d’avoir fait le premier opus pour profiter de cet épisode, rassurez-vous. Ici, on assiste à un mélange des genres avec des embranchements multiples, une ambiance oppressante ainsi que des mystères paranormaux. Le jeu invite le joueur à explorer une histoire aussi sombre que complexe où le moindre choix a des conséquences spectaculaires. Alors, cette nouvelle licence parvient-elle à transformer l’essai et à bousculer un genre souvent trop statique ? C’est ce que nous allons voir dans ce test de Paraonormasight: The Mermaid’s Curse

Test réalisé sur PC à l’aide d’une version numérique envoyée par l’éditeur

Dans les profondeurs du mystère

Dès le lancement du jeu, ce dernier impose son identité inattendue grâce à une musique d’ouverture particulièrement frissonnante, qui installe immédiatement une atmosphère inquiétante. L’ambiance visuelle frappe tout autant : les personnages se détachent par de larges traits noirs, tandis qu’un léger grain brumeux évoque les estampes japonaises modernes et accentue le mystère. Cet aspect donne l’impression de regarder une vieille pellicule maudite, comme dans les vieux films d’horreur japonais, et le texte lui-même participe à ce malaise subtil que l’on prend plaisir à ressentir.

Ensuite vient l’histoire, qui se déroule sur l’île isolée de Kameshima, nichée dans la baie d’Ise, une région du Japon réputée pour ses légendes urbaines en tout genre, mais notamment celle concernant les sirènes. Yuza Minakuchi est un jeune ama diver, c’est-à-dire un plongeur en apnée, qui passe ses journées sous-marines avec son meilleur ami. Un jour, alors qu’il explore les profondeurs autour de son île, Yuza vit une expérience surnaturelle troublante : il fait face à une version inexplicable de lui-même sous l’eau. Cette vision, véritable présage des événements à venir, marque un tournant dans son existence. Cette simple rencontre semble déclencher une série de phénomènes étranges. L’île se retrouve prisonnière de malédictions toutes plus horribles les unes que les autres, plaçant ses habitants, dans un fragile équilibre entre la vie et la mort.

Paranormasight: The Mermaid's Curse - vision d'horreur de Yuza
Une rencontre pas des plus agréables…

Face à ces événements relativement inquiétants, plusieurs personnages entament leur propre enquête : une jeune fille au passé mystérieux et des étrangers venant de loin aux motivations tout aussi énigmatiques. Leurs destins finissent par s’entremêler, chacun cherchant à sa manière à percer le secret des sirènes de l’île, ainsi que l’immortalité qu’elles pourraient offrir. Un mythe si ancien que, tout au long de l’histoire, de nouvelles informations viendront bousculer le récit.

Côté gameplay, le jeu repose principalement sur les dialogues entre les personnages, l’exploration de la base de données et de brèves phases d’enquête ponctuées de quiz basés sur les éléments appris. Cette alternance de mécaniques évite toute monotonie. De plus, un organigramme permet de naviguer entre les perspectives des personnages et les embranchements narratifs. Les choix du joueur sont décisifs : certains mènent à des fins défavorables, d’autres débloquent de nouvelles informations dans d’anciens dialogues, ouvrant des routes scénaristiques inédites. Plusieurs fins sont possibles, même si l’une d’elles reste la plus satisfaisante.

Paranormasight: The Mermaid's Curse - Système de dialogues
Un système de choix plutôt classique, mais dans un style bien à lui.

Par ailleurs, le jeu propose parfois des mécaniques de gameplay alternatives avec, par exemple, la plongée sous-marine de Yuza. Cette activité permet de sortir du gameplay classique de lecture et offre une parenthèse réconfortante et tranquille pour les joueurs. De plus, quelques petites énigmes bien pensées comme l’utilisation du miroir ou de la boîte, dont nous ne vous dirons pas l’utilité sous peine de spoiler, nous ont autant surpris que retourné le cerveau.

La durée de vie du jeu est comprise entre une dizaine et une quinzaine d’heures pour obtenir une première fin complète. Cette valeur peut augmenter jusqu’à une vingtaine d’heures pour découvrir les différentes fins ou obtenir l’ensemble des succès, dont ceux liés à la plongée sous-marine. L’ensemble reste maîtrisé, chaque phase de jeu et chaque retournement de situation arrivant au bon moment. Si le milieu accuse parfois un léger ralentissement, l’intrigue repart ensuite de plus belle. On s’interroge, on se renseigne et on cherche à tout prix à comprendre ces événements paranormaux.

Lecture, indices et décisions : la mécanique du surnaturel

Comme tout visual novel qui se respecte, Paranormasight: The Mermaid’s Curse s’adresse avant tout à un public de niche. Le genre est si particulier qu’il est capable d’en rebuter plus d’un, malgré l’histoire attrayante. Ici, pas de surenchère de mécaniques complexes : le gameplay se concentre presque exclusivement sur la lecture, l’observation et la déduction. L’interface met toutefois à disposition plusieurs outils pour accompagner le joueur, notamment une base de données très fournie regroupant l’ensemble des informations récoltées au fil de l’aventure.

Ces fichiers constituent le cœur du gameplay pour le joueur. On y passe de très longues minutes à relier les indices entre eux, même si leur abondance casse parfois le rythme de croisière du joueur. Malheureusement, toutes ces informations sont importantes à retenir pour avancer dans ce récit paranormal. Un oubli et toute l’histoire perdra de son sens. D’un autre côté, Paranormasight propose un système d’organigramme narratif. Ce dernier devient un autre outil indispensable pour le joueur. Il permet de naviguer entre les différents points de vue, au nombre de quatre, et de visualiser clairement les embranchements scénaristiques possibles ainsi que les conséquences de chacun.

À l’aide de la capacité Recollection, de nouveaux choix narratifs se déverrouillent, permettant de naviguer en avant ou en arrière dans l’histoire, pour mieux comprendre l’ambiance générale. Ces derniers se caractérisent par un encart en haut à gauche de l’écran où il est nécessaire d’appuyer sur une touche prédéfinie du clavier ou de la manette. Si celui-ci est raté, vous vous retrouverez bloqué pour avancer dans l’histoire. Il est donc impossible d’avancer bêtement sans faire attention à son environnement. Cet organigramme encourage donc l’expérimentation : certaines décisions mènent à des impasses à l’instant T ou à la mort d’un personnage. En revanche, le jeu ne propose aucune aide explicite en cas de blocage, un choix qui force le joueur à s’impliquer pleinement dans l’histoire, mais qui en frustrera plus d’un. Nous en avons fait l’expérience lors d’un chapitre où une heure s’est écoulée tant la logique ne semblait pas évidente.

Paranormasight: The Mermaid's Curse - Flowchart du jeu
Plusieurs personnages, plusieurs actions, un seul destin.

L’interface se veut volontairement minimaliste. Jouable aussi bien à la manette qu’à la souris, le titre révèle toutefois une ergonomie plus naturelle avec cette dernière, notamment pour parcourir les nombreux documents. Les options typiques du visual novel sont présentes : réglage de la vitesse de lecture et choix de langues pour les textes, dont l’anglais bien évidemment. Toutefois, l’absence de doublage vocal se fait ressentir. Sans voice acting, toute la mise en scène repose sur le sound design et la direction artistique. Et notons toujours l’absence de la langue de Molière, ce qui mettra encore une fois la communauté française à l’écart.

De ce côté, le jeu impressionne par son identité visuelle. Inspirée des estampes japonaises, la direction artistique combine traits marqués, grain visuel constant et décors à 360° qui renforcent l’immersion. Les environnements semblent vivants, et la possibilité de regarder autour de soi installe une tension subtile, certains personnages pouvant apparaître hors du champ de vision immédiat. De nombreux sursauts ont ponctué notre aventure, et le jeu s’avère bien plus vivant qu’un simple visual novel statique : les plans bougent, les personnages se meuvent, les paupières clignent, ils réfléchissent et affichent des expressions dignes d’un Apollo Justice. Le tout est vivant et contraste très fortement avec les thèmes durs abordés. La bande-son, discrète mais précise, accompagne efficacement chaque situation. Bruitages, silences et musique travaillent en symbiose pour créer une atmosphère oppressante, angoissante, d’autant plus essentielle en l’absence de voix.

Paranormasight: The Mermaid's Curse - Mouvement en mode 360°
On peut bouger la caméra même derrière soi, attention aux surprises !

Paranormasight aborde enfin des thématiques sombres liées à la mort, aux malédictions et aux conséquences des choix humains. Sans tomber dans l’exagération la plus totale, le récit entretient un malaise constant, ponctué de rares moments de joie, notamment à travers le groupe d’amis de Yuza. Ce contraste renforce l’impact des révélations finales et participe à faire de cette expérience narrative un défi réussi, où l’ambiance prime autant que l’histoire elle-même. Un pari que Square Enix semble maîtriser.

Sous les flots de l’inconnu, le mystère s’épaissit

L’histoire reste bien entendu le cœur du jeu dans Paranormasight: The Mermaid’s Curse. Tout est construit pour que chaque révélation maintienne une atmosphère oppressante et surnaturelle. Les événements sur l’île, les malédictions et les phénomènes paranormaux créent des scènes marquantes. L’histoire complexe pourrait néanmoins en perdre plus d’un. On avance dans une théorie avant de l’abandonner au profit d’une autre, plus à même de suivre la logique du récit. De nombreux termes et légendes s’entremêlent, ce qui peut désorienter le joueur, mais fait partie du charme des visual novels. Certaines informations présentes dans les Files du jeu, sont longues à assimiler ou à lire. Cela rend le milieu du jeu dans une phase creuse, où la motivation peut s’étioler avec le temps pour le joueur.

Paranormasight: The Mermaid's Curse - Système de Files à parcourir
Beaucoup de lectures peuvent vous attendre…

Cependant, on cherche malgré tout à comprendre l’origine de ces malédictions, le lien entre les personnages et les forces qui les dépassent, ce qui nous retient jusqu’à ce que nous explorions toutes les fins possibles du jeu. Pourtant, certains chapitres manquent de rythme et auraient mérité d’être remaniés, notamment ceux avec les personnages étrangers qui dénotent à première vue avec l’histoire du protagoniste principal. Or, cette critique change avec le temps lorsque tous les éléments s’assemblent pour ne former qu’une histoire complexe et complète. 

Il faut reconnaître que l’écriture de Paranormasight excelle dans la mise en scène de l’intrigue, mais contrairement à certains visual novels, les conséquences de vos choix ne se traduisent pas toujours par une modification totale de l’histoire. Certaines décisions entraînent des mauvaises fins ou permettent de débloquer des embranchements supplémentaires, mais la trame principale reste la même du début à la fin. Cela peut frustrer les joueurs qui espéraient un contrôle total sur le récit, mais cette approche garantit que le mystère central demeure intact et que le fil narratif principal conserve sa tension jusqu’à la toute fin.

Verdict

Paranormasight: The Mermaid’s Curse est une belle surprise pour les amateurs de visual novels horrifiques. Aussi angoissant qu’efficace, le scénario tiendra en haleine le joueur tout au long de l’histoire, mêlant mystère et tensions inattendues. Ponctué de quelques surprises, que ce soit scénaristiques ou des sursauts bienvenus, chaque choix guidera le joueur vers la véritable fin. Avec sa direction artistique proche des estampes japonaises et son sound design de qualité, le jeu saura séduire tant les néophytes que les habitués du genre. Attention toutefois, la lecture est un passage primordial, surtout dans la langue de Shakespeare. Un titre dont l’histoire est exigeante, mais qui fascine autant qu’elle nous met mal à l’aise. Un mélange qui se découvre avec patience et curiosité, même si la curiosité peut être un vilain défaut dans une île pleine de mystères.

75/100
Score total iIl s'agit d'une appréciation générale du jeu de la part du testeur et non d'une note à proprement parler.

Points forts

  • Une histoire prenante et riche
  • Une DA soignée
  • Un sound design de qualité
  • Plusieurs fins possibles
  • Une durée de vie raisonnable pour le prix
  • Une ambiance horrifique bien maîtrisée

Points faibles

  • Mais une histoire parfois trop complexe
  • Absence traduction française
  • Beaucoup trop de lectures parfois
  • Aucune aide lorsque l'on est bloqué
  • Un milieu de jeu assez mou
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