TEST Shuten Order : le multigenre audacieux de Kodaka à découvrir

Logo de Shuten Order

Prévu pour début septembre 2025, Shuten Order intrigue dès le premier regard. Les trailers énigmatiques y sont pour beaucoup : des éclats de néons jaillissent sur un panneau façon comics, où se mêlent espoirs fous et craintes viscérales. Bienvenue dans Shuten Order, le nouvel OVNI de Kazutaka Kodaka (Danganronpa, Rain Code). Le créateur nous entraîne une nouvelle fois dans un univers à la fois flashy et sombre. Le combo est audacieux, mais déjà gagnant : la saga Danganronpa a su fédérer une communauté de niche, passionnée et toujours avide d’un nouveau jeu du même genre. Ici, les couleurs oscillent entre euphorie visuelle et tension tragique, avec la fin du monde aux portes du récit. PEGI 16 oblige, on y frôle le gore, la mort et la foi. Pourtant, chaque instant passé aux côtés de Rei Shimobe dégage une énergie irrésistible : celle d’un récit haletant où réflexion et retournements de situation se mêlent dans un tourbillon aussi angoissant que fascinant.

Test réalisé sur Nintendo Switch grâce à une version numérique fournie par l’éditeur

Quatre jours pour déjouer la fin du monde

L’histoire commence par une cinématique sublime où l’on apprend que le fondateur d’un nouveau micro-État gouverné par l’Ordre de Shuten a été assassiné. Cet événement totalement imprévu semblait même défier la volonté divine. Le fondateur revient miraculeusement à la vie grâce au pouvoir tabou de cette ville : le pouvoir de Dieu. Mais la bonne nouvelle s’accompagne aussitôt d’une mauvaise : ses souvenirs ont disparu, jusqu’à son propre nom.

Rei Shimobe apprend qu'il est mort, mais vivant, dans le jeu Shuten Order.
Des couleurs flashy, mais une ambiance glaçante.

Pas de panique : deux soi-disant anges, Himeru et Mikotoru, seront là pour vous donner une nouvelle identité (Rei Shimobe) et un prétendu métier pour rassurer les personnes que vous allez rencontrer : détective enquêtant sur la mort du Fondateur, en d’autres termes, sur sa propre mort. Des indices laissent sous-entendre qu’un membre du ministère est responsable de la mort de ce dernier. Il sera donc nécessaire d’aller enquêter de ce côté. Et comme un malheur ne vient jamais seul, Rei Shimobe devra retrouver ses souvenirs et le meurtrier en seulement quatre jours. S’il échoue, il perdra définitivement la vie. Il existe cependant une possibilité de revivre ces quatre journées indéfiniment jusqu’à percer le mystère et affronter le procès de Dieu à la toute fin.

La ville de Shuten est dirigée par le Fondateur, qui proclame une cité où le meurtre et le suicide sont interdits, gérée par un groupe religieux qui ne croit en aucun dieu et qui tuera quiconque priera. Oui, vous avez bien lu, un groupe religieux qui ne croit en aucun dieu, juste à la fin du monde. Cela annonce la couleur concernant les thèmes abordés : dictature, religion, croyances, mensonges… Et ce n’est qu’une partie des secrets que recèle Shuten.

La ville se décline en cinq ministères principaux, pour cinq ambiances différentes et par conséquent cinq façons de jouer. Justice, Santé, Science, Éducation et Sécurité, chacun propose une intrigue complète, qui s’entremêle avec celles des autres dans un labyrinthe narratif complexe. Chaque route constitue une enquête en soi, avec un style propre, des mécanismes dédiés et surtout une part du puzzle à reconstituer par la lecture, digne d’un visual novel complexe de qualité. Compléter toutes les routes est indispensable pour reconstituer la vérité, retrouver vos souvenirs… et peut-être empêcher l’apocalypse. À chaque fin de chapitre, Rei Shimobe pourra poser autant de questions qu’il souhaite pour savoir si le membre du ministère est bien responsable de la mort du Fondateur ou non, ainsi que ses motivations.

Présentation des 5 ministres du jeu Shuten Order
5 ministres pour 5 gameplay différents, à vous de choisir dans l’ordre que vous voulez.

Jouer à Shuten Order n’est pas une simple expérience visuelle ou narrative : c’est une saga multigenre exigeante et dense. Avec cinq routes à explorer offrant chacune une ambiance unique, la durée de vie s’étend naturellement aux alentours de 25 à 30 heures pour les lecteurs rapides. Pour ceux qui prennent le temps de savourer chaque dialogue, ou qui butent sur certaines phases de gameplay, une bonne dizaine d’heures peut facilement s’ajouter. Bien évidemment, ce temps de jeu correspond à la volonté de découvrir toutes les facettes du titre, ses embranchements narratifs et ses secrets. Cette ampleur narrative assure une immersion profonde à la hauteur de l’ambition de Kodaka, déjà palpable dans Danganronpa ou la série Zero Escape.

Quand chaque chapitre change de peau

La particularité de Shuten Order ne réside pas uniquement dans son scénario particulier, mais aussi dans sa diversité de gameplay. Chaque ministère dispose de sa propre mécanique ludique, comme si cinq jeux différents s’étaient donnés rendez-vous dans une seule aventure. Et pourtant, le fil narratif reste présent, presque intact. Tous les chapitres devront être joués : il suffit de choisir au début de ces quatre jours quel ministère nous intéresse le plus sur l’instant pour plonger dans cet univers. Et on recommencera à la fin de ces quatre journées, avec un nouveau ministère. Cette particularité transforme chaque chapitre en expérience à part entière, déstabilisante et surprenante.

Du côté du ministère de la Justice, on trouve de belles références aux jeux d’enquête comme Apollo Justice, pour ne citer que lui. On enquête sur le meurtre de plusieurs personnes, à coups d’investigations de scènes de crime et de reconstitution des faits. Chaque réponse et déduction nous rapproche un peu plus de la vérité. Le ministère de la Santé bascule dans une approche radicalement différente : exploration 3D, salles piégées et énigmes retorses composent un véritable escape game sous haute pression, où chaque minute nous rapproche de la fin du monde. L’un des rares gameplays plus axés sur la réflexion avec diverses énigmes plus ou moins simples à résoudre. Elles se suivent de manière pertinente, avec une difficulté grandissante. Le ministère de la Science propose une approche plus littéraire, prenant la forme d’un visual novel complexe à embranchements multiples, dans l’esprit de la série Zero Escape. Chaque choix ouvre une vérité différente, qu’elle soit bonne ou mauvaise, jusqu’à ce que toutes les pièces du puzzle s’imbriquent dans un tableau plus vaste. Un chapitre dont nous reparlerons plus tard dans ce test, car si l’idée semblait originale sur le papier, en pratique elle est tout autre.

Un mini jeu dans le chapitre du ministère de la santé, dans le jeu Shuten Order.
Ambiance escape game de la mort, le temps compte et votre vie aussi.

Dans un autre registre, le ministère de l’Éducation surprend par sa légèreté trompeuse : Rei Shimobe y est plongé dans une aventure romantique atypique, où il sera nécessaire de séduire la ministre de l’Éducation pour obtenir un antidote. Qui aurait cru qu’un rendez-vous pouvait être une question de vie ou de mort, à la manière d’un Doki Doki Literature Club ? Ce changement de gameplay radical amuse autant qu’il déstabilise. On prie pour notre personnage, en espérant faire les bons choix et en essayant de gagner le cœur de notre dulcinée. Enfin, le ministère de la Sécurité donne la part belle à l’action furtive et à l’horreur : il faut se cacher, fuir le Nephilim (une sorte de monstre qui veut notre peau à tout prix), résoudre des énigmes environnementales et retenir son souffle dans un univers oppressant, teinté de sang et de rebondissements. Le gameplay de la sécurité est donc classique, mais plaisant dans un visuel novel. On se sent véritablement acteur du jeu, la peur au ventre de rencontrer un monstre prêt à nous tuer. On retient notre souffle quand on se cache, et on cherche les indices sur l’identité de Nephilim tout du long.

Au total, cette diversité mécanique façonne une fresque vidéoludique unique. On passe de la réflexion logique à l’adrénaline, de l’émotion troublante à la peur viscérale, sans jamais perdre le fil conducteur de l’histoire : la vérité sur la mort du Fondateur et la résolution du mystère autour de l’Ordre de Shuten. Cette variété n’est pas un simple prétexte : chaque rencontre a un sens. Chaque ministère permet au joueur d’avancer pour découvrir ce que la prochaine épreuve lui réserve. Car dans Shuten Order, chaque route répond à des questions différentes, nous apprend de nouvelles informations et nous retourne le cerveau. Le jeu ne se contente pas de raconter une histoire : il la fait vivre à travers cinq prismes, avec autant d’émotions dans chaque parcours. Attention, chaque détail compte et la fin remettra en cause toute la vision du jeu, digne d’une œuvre du créateur de Danganronpa. On a été choqué, on a été déçu, mais on retiendra surtout cette fin qui nous aura ouvert les yeux.

BD animée, frissons et rythmes endiablés ou presque

Impossible d’évoquer Shuten Order sans parler de son esthétique. Le jeu frappe d’abord par son style visuel, résolument inspiré du comics : des aplats de couleurs vives, des néons qui explosent à l’écran (à la manière de Rain Code et ses néons resplendissants), des transitions comme découpées dans une bande dessinée animée. On pense immédiatement au film Promare du studio Trigger pour cette énergie incandescente et ces couleurs qui explosent la rétine. Ce contraste entre la vivacité des couleurs et la noirceur des thèmes abordés (mort, religion, dictature, apocalypse…) confère au jeu une identité spéciale, à la fois hypnotisante et dérangeante.

La bande-son, signée Masafumi Takada, complète à merveille ce tableau. Fidèle à l’esprit de ses compositions pour Danganronpa, elle alterne entre morceaux frénétiques aux rythmiques étranges et passages plus atmosphériques. Chaque affrontement verbal, chaque révélation, chaque séquence de survie s’accompagne d’une couche sonore qui accentue les émotions ressenties.

Cependant, tout n’est pas parfait. On regrette l’absence de traduction française, qui peut constituer une barrière pour une grande partie du public. Les modèles 3D, notamment celui de Rei Shimobe, manquent parfois de finition. Ils peinent à rivaliser avec la flamboyance des décors et des illustrations, même s’ils restent peu nombreux dans le jeu. Le choix d’intégrer des modèles 3D surprend, tant la mise en scène façon Rain Code est plus harmonieuse. Plus problématique encore : des temps de chargement fréquents et interminables cassent le rythme et ralentissent la progression. De plus, ne vous attendez pas à utiliser les fonctionnalités propre à la Nintendo Switch.

Modèle 3D de Rei Shimobe discutable, dans le jeu Shuten Order
Une ville bien modélisée, mais le modèle de Rei Shimobe est discutable.

N’oublions pas non plus le chapitre du ministère de la Science qui, pourtant prometteur sur le papier avec son arborescence de choix et ses fins multiples, tend à s’étirer en longueur au point de devenir lassant. L’ambiance vieux visual novel semblait pourtant promettre un scénario inédit, mais la densité des dialogues en fait le chapitre le plus interminable, tant dans sa durée que dans son ressenti. Tout dépend du moment où ce chapitre est choisi, mais il pourrait en décourager plus d’un alors que tous les chapitres sont nécessaires pour venir à bout du mystère. Des accrocs qui ne gâchent pas complètement l’expérience, mais qui rappellent qu’un titre aussi ambitieux ne peut être exempt d’imperfections.

Verdict

Shuten Order est un véritable tour de force signé Kazutaka Kodaka : un mélange subtil de tension, de mystère et de frénésie visuelle qui captive dès les premières minutes. Entre ses cinq ministères offrant chacun une expérience unique, son univers graphique flamboyant et sa bande-son hypnotique, le jeu réussit à immerger le joueur dans une histoire dense, à la fois personnelle et apocalyptique. Malgré ses imperfections – modèles 3D perfectibles, temps de chargement longs, absence de localisation française et les longueurs du chapitre Sciences -, l’expérience reste passionnante. Les choix, les routes multiples et les retournements de situation entretiennent sans cesse l’attention et la curiosité. Chaque nouvelle partie devient à la fois un défi et une révélation. Le récit se conclut dans une apothéose, brutale et inattendue. Shuten Order est une œuvre à part, capable de surprendre et de marquer durablement les joueurs. Les fans de Kodaka y retrouveront sa patte si particulière, sublimée par une ambition narrative remarquable.

70/100
Score total iIl s'agit d'une appréciation générale du jeu de la part du testeur et non d'une note à proprement parler.

Points forts

  • Un scénario bien ficelé
  • De nombreux rebondissements
  • Une DA soignée
  • 5 gameplays totalement différents
  • Une musique au top
  • Bonne durée de vie
  • Une fin à retourner le cerveau

Points faibles

  • Aucune traduction française
  • Modèles 3D peu convaincants
  • Temps de chargements très nombreux et rigides
  • Le chapitre des sciences est très long
  • Les entractes entre les chapitres sont mous
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