TEST Mina The Hollower : Une vraie aventure « Game Boy Color Core »

Si le fond vaut plus que la forme et que pour de nombreux joueurs les graphismes ne font pas tout, on peut se demander s’il y a bien une limite à cette pensée. Seriez-vous prêt à rejouer à des jeux de votre enfance sans ressentir la moindre pointe de répulsion en comparant les rendus graphiques d’antan avec ce qui se fait aujourd’hui ? Eh bien, certains studios pensent que peu importe le rendu graphique, tout n’est qu’une question d’affinage. Ce qui était autrefois considéré comme magnifique peut toujours l’être à condition de vivre avec son temps, et c’est ce que l’un d’eux a bien compris en nous proposant un jeu qui semble tout droit sorti d’un catalogue de Game Boy Color, mais dont la maîtrise en fait une expérience aussi nostalgique qu’innovante. Découvrez donc notre test de Mina The Hollower, un concentré pur jus d’une époque que ce jeu n’a jamais connue.

Test réalisé sur PC à partir d’une version numérique fournie par l’éditeur

Mina The Hollower est la dernière création du studio Yacht Club Games, un studio indépendant principalement connu pour l’excellent Shovel Knight, un jeu qui avait réussi à se faire une place dans le monde vidéoludique en mêlant l’efficacité technique de la modernité et l’inspiration charmante du style rétro de la NES. Un succès qui avait hissé Yacht Club Games au rang de petite étoile montante de la scène indé.

Ainsi, après plusieurs années d’itérations autour de la licence Shovel Knight, le studio dévoilera le 2 février 2022 un nouveau projet sur Kickstarter, nommé Mina The Hollower, cette fois en poussant au maximum le curseur esthétique propre à la Game Boy Color. On reste ainsi sur l’esprit rétro 8 bits, mais cette fois sur console portable. Yacht Club Games continue de déclarer son amour au pixel art avec Mina The Hollower, qui reprend une direction artistique et un gameplay inspirés par la série The Legend of Zelda, notamment les Oracle of Ages et Seasons, qui ont fortement marqué des générations de joueurs par leur grande qualité.

Une aventure sombre et classique, mais bourrée de surprises

Mina The Hollower nous plonge dans un univers original qui semble puiser aussi bien dans des œuvres de fantasy populaires, comme les univers de certains films Disney où humains et animaux anthropomorphes cohabitent sans distinction de classes, que dans des ambiances gothiques. Le jeu possède un rendu rafraîchissant, mariant avec brio une esthétique macabre rétro et le pixel art. Si l’aspect horrifique du titre ne nous a pas vraiment effrayé (mis à part les apparitions soudaines d’un certain clown…), on y retrouve une aura similaire à certains titres puisant dans les mêmes récits d’épouvante, comme ce fut le cas pour la série Castlevania.

Concernant son histoire, nous incarnons Mina, une souris ingénieuse et combative de la Guilde des Muloteurs, des spécialistes de l’étude de l’énergie terrestre, ayant développé une technique unique de creusage. Notre protagoniste est convoquée sur l’île Ténébrande, où elle avait autrefois aidé à concevoir des Générateurs à Bluettes, d’immenses tours capables d’alimenter les machines et habitations des autochtones pour les aider à vivre dans le confort de la civilisation. Malheureusement, il semblerait que les lumières du progrès aient également créé des ombres plus intenses. Selon une lettre de détresse, son aide est requise de toute urgence, car des monstres seraient apparus aux quatre coins de l’île, semant le chaos et la désolation. Mina n’a pas le choix, elle doit rallumer les générateurs détruits et percer le mystère des étranges phénomènes qui s’abattent sur l’île et ses habitants.

Et il y a de quoi être dépaysé ; malgré les quelques dizaines d’heures nécessaires pour terminer son intrigue, Mina The Hollower nous fait voyager dans une variété de lieux. Si l’ambiance gothique d’un cimetière et l’aspect aquatique du marais étaient attendus, de bonnes surprises ont été constatées dans les différents niveaux parcourus. Il y a de très bonnes idées de game design dans chacun de ces lieux, nous poussant à adopter des changements dans nos équipements, afin de les parcourir dans les meilleures conditions ou pour découvrir tous les secrets qu’ils ont à nous offrir.

Du côté de la narration, le jeu propose une intrigue assez convenue : si on doit en effet simplement visiter chaque lieu, affronter les boss et rallumer les générateurs; les différents éléments qui parsèment ces régions à explorer créent de petites rencontres marquantes, très souvent inattendues. Si l’histoire n’est pas particulièrement poussée, l’ambiance globale de cet univers nous donne envie de continuer notre exploration, toujours parsemée de surprises.

Inspiré par les meilleurs

Comme son inspiration principale le laisse supposer, Mina The Hollower se joue comme un jeu Zelda de console portable d’une ancienne génération. La vue est en trois quarts, avec cette fameuse impression de voir la scène du dessus, mais également de côté. Les déplacements peuvent prendre en compte différentes échelles de niveaux, que ce soit la hauteur des sauts, le vol des ennemis, les types d’attaques ou les différents étages d’une même carte. Les déplacements de Mina s’effectuent dans seulement huit directions différentes et ses attaques se limitent aux quatre directions principales.

Cependant, la comparaison avec le gameplay d’un jeu sur Game Boy Color s’arrête là, car si Yacht Club Games revendique à 100 % cette inspiration rétro, Mina The Hollower ne pourrait jamais être joué sur cette console portable. Le jeu est en effet pensé pour être joué avec une manette possédant bien plus de boutons que ce qui était proposé à l’époque. Et à juste titre, Mina The Hollower demande une certaine exigence et réactivité dans son mode de jeu classique, tout en proposant un large panel de possibilités dans les actions à effectuer, même si cela peut sembler assez restreint à première vue.

Évidemment, Mina possède une attaque standard s’effectuant avec une arme principale, à choisir parmi trois au début du jeu, que l’on se coltinera jusqu’à trouver celles qui nous manquent pour un total de cinq armes possibles. Déjà, la proposition est agréable dans son choix : voulez-vous compléter votre nostalgie Zeldaesque en choisissant les épées jumelles, ou confirmer l’ambiance Castlevania en optant pour le fouet ? À moins que le charme bourrin du marteau vous attire. Il sera également possible plus tard d’obtenir des améliorations pour toutes les armes, offrant ainsi des possibilités de combat, mais aussi de nouvelles interactions avec l’environnement ou les PNJ.

La plus grande particularité du gameplay de ce jeu est sans aucun doute la capacité de Mulotage. Si ce nom ne vous dit rien, il s’agit d’un terme désignant une technique de chasse où on saute sur une proie, mais il désigne aussi le fait de creuser la terre à la recherche de quelque chose, pour certains animaux, comme les chiens ou les sangliers. Ici, Mina est donc une Muloteuse, capable de plonger dans le sol avec une technique particulière pour réapparaître un peu plus loin. Il s’agit de la principale technique d’esquive permettant de passer dans le dos d’un ennemi ou de se glisser en dessous de certains obstacles, que ce soit des projectiles, voire des entrées sous les murs pour découvrir de nouvelles zones.

Un arsenal qui récompense la créativité

L’exploration est l’un des composants essentiels du jeu, facilitée par de nombreux moyens, que ce soit les Armes d’Appoint ou les Colifichets; même si rien de tout cela n’est jamais essentiel pour avancer dans l’aventure, ces éléments permettent d’obtenir des possibilités souvent pratiques, voire vraiment amusantes pour Mina. Ce serait dommage de s’en passer, d’autant que certaines peuvent véritablement changer votre manière de combattre ou d’aborder une nouvelle zone.

Les Armes d’Appoint constitueront les outils secondaires de Mina, trouvables en brisant des bougies présentes dans le décor. Avec une quinzaine disponibles, elles permettent d’effectuer des attaques variées sur les monstres ou de gagner des capacités de déplacement supplémentaires. Par exemple, le Mandrin vous projette loin en avant et repousse les ennemis touchés, ce qui peut s’avérer très pratique pour franchir d’immenses gouffres en combinaison avec un saut. La Dynamo-Lanterne semble purement offensive avec son explosion dirigée en face de vous, mais peut illuminer durant quelques secondes l’obscurité la plus épaisse, de quoi vous sauver de certaines situations inattendues. Leur utilisation consommera des Joules, une ressource cachée dans le décor. Les armes d’appoint sont également perdues en cas de mort ; leur utilisation s’avère pratique, mais peut nécessiter un peu de parcimonie.

Quant aux colifichets, ils fonctionnent vraiment comme des équipements qu’il faut sélectionner dans votre repaire pour les utiliser ensuite durant l’aventure. Au nombre de 60, ces objets utilitaires remplissent de nombreuses fonctions, que ce soit l’obtention de nouvelles capacités, des changements d’états ou l’augmentation des statistiques de Mina. Il s’agit d’une composante essentielle dont il faudra bien réfléchir l’usage pour vous faciliter grandement la vie lors de l’exploration de zones particulières, comme une résistance à la foudre quand des éclairs se déchaînent dans une région, ou pour maximiser vos chances lors des affrontements les plus ardus.

Des combats exigeants, mais personnalisables

Comme mentionné plus haut, Mina The Hollower demande une certaine exigence, que ce soit dans son exploration, mais surtout lors des affrontements. Malgré sa durée de vie d’une vingtaine d’heures en moyenne, le jeu propose une bonne variété d’ennemis à affronter, dont certains seront vraiment spécifiques à des environnements et proposeront d’aborder les confrontations avec stratégie. Si en effet le mulotage est la compétence phare pour esquiver les attaques ennemies, il arrive que cela s’avère inefficace face à certains capables de vous déterrer ou de provoquer des séismes. Il ne sera pas étonnant de mourir quelques fois face à certains boss de fin de niveau avant de comprendre quels sont les meilleurs mouvements à effectuer durant leurs actions. C’est d’ailleurs l’une des qualités du jeu nous permettant de ressentir ce plaisir nostalgique des titres joués autrefois sur Game Boy Color, sans les contraintes imposées par les supports de l’époque. Mina The Hollower tourne comme un charme sur un PC moyen, affichant constamment un 60 FPS qui permet de profiter du dynamisme et de la fluidité des combats. La plupart des composants matériels capables de faire tourner Mina The Hollower peuvent sans problèmes dater de 2014, donc on est assez large niveau performance. Les commandes sont réactives et on a constamment la sensation d’avoir une maîtrise précise sur les mouvements de Mina durant ses aventures.

Mais si ces dernières sont trop difficiles, trop faciles, ou même trop… « normales » ? Il est tout à fait possible de modifier le jeu grâce à un menu proposé en début de partie ou accessible à tout moment dans les options. Et sur ce point, on sent que les développeurs se sont fait plaisir ! L’aventure peut ainsi être commencée avec déjà certains équipements en possession, d’avoir des boss déjà vaincus, d’être invulnérable, de multiplier les dégâts reçus par deux ou d’avoir l’écran constamment en rotation. Une bonne centaine d’options sont disponibles, de quoi modifier le jeu à votre convenance pour créer l’aventure qui vous sied le mieux ou pour épicer votre new game +.

Une ode moderne à la nostalgie

Au niveau de son ambiance, Mina The Hollower revendique donc l’héritage gothique de l’horreur victorienne, avec son lot de sciences bizarres et d’occultisme mystique. Si l’usage du pixel art pour le retranscrire crée un décalage un peu trop fort pour pleinement ressentir une quelconque forme d’angoisse, on constate cependant que la direction artistique est d’une grande beauté et donne de la crédibilité à cet univers, même quand ce dernier se permet de sortir des codes établis du genre ou d’utiliser l’absurdité comme forme d’humour.

Mina The Hollower accomplit déjà le petit exploit d’utiliser uniquement des sprites. Vous n’y trouverez donc aucune forme de 3D ou d’anti-aliasing pour simuler le rendu 8 bits propre à la Game Boy Color. Néanmoins, d’autres techniques d’affichage modernes ont été employées pour certaines zones ou décors de fond, comme le défilement parallaxe, qui permet d’avoir une vue dynamique sur les paysages de la région explorée, avec plusieurs couches d’arrière-plans qui défilent avec une vitesse propre à chacune, donnant un effet de profondeur même dans un paysage en 2D.

Pour reprendre quelques informations tirées de l’article sur l’art du jeu de Mina The Hollower publié sur le blog de Yacht Club Games. Il y a un total de 64 couleurs utilisées, pour la plupart reprises des jeux Zelda sur Game Boy Color. Ici, le studio a choisi d’utiliser des couleurs vives pour différencier les éléments interactifs du jeu, comme les PNJ, du décor. Les plus connaisseurs remarqueront que Yacht Club Games s’est amusé à reproduire la même limitation technique qu’à l’époque en se limitant à l’usage de quatre couleurs par personnage, mais au vu des possibilités actuelles, cette limitation a également été appliquée aux armes, permettant ainsi de les différencier efficacement des corps de leurs utilisateurs. Les boss conservent cependant de nombreuses couleurs, comme s’il s’agissait d’arrière-plans, une méthode utilisé autrefois pour contourner les difficultés techniques des anciennes consoles. Sauf qu’ici, ce sont de vrais sprites de personnages.

Le résultat avec Mina est plaisant, associant ainsi une palette de couleurs semblables aux personnages rencontrés, ce qui permet de créer des scènes foisonnantes de vie quand des foules s’amassent, ou de se faire une idée sur une personnalité avant d’interagir avec le PNJ ou le monstre. D’autant plus que chaque personnage possède son portrait lors des échanges, ajoutant plus de corps à chacune de ces rencontres qui, comme dit plus haut, nous prennent souvent au dépourvu.

Et afin d’accompagner le tout, la bande originale du jeu est composée par Jake Kaufman, un compositeur désormais reconnu pour son travail sur Shantae, Shovel Knight, ou encore Bloodstained: Ritual of the Night. Sa prestation pour Mina The Hollower correspond parfaitement à son univers et aux situations dans lesquelles il nous entraîne. L’impression de retrouver des musiques semblables à celles de la Game Boy Color est bien présente, heureusement avec la qualité de la modernité.

Les transitions entre les différentes notes sont bien plus lisses qu’à l’époque, mais parviennent à conserver ce timbre si caractéristique, avec une complexité bien plus profonde que ce que permettait la console portable de Nintendo. La musique est sans aucun doute le vecteur qui nous plonge le plus efficacement dans la nostalgie, et celles de Mina The Hollower sont aussi variées que prenantes. Plus d’une fois, les musiques du jeu me sont restées joyeusement en tête, comme si elles payaient la moitié du loyer.

Un tableau de maître, peint avec passion

Comme mentionné plus haut, Mina The Hollower peut se terminer assez rapidement, avec une vingtaine d’heures pour la quête principale. Mais si vous désirez découvrir toute la richesse que recèle l’île maudite de Ténébrande, alors vous pouvez plutôt compter sur une quarantaine d’heures pour compléter le 100 %. Dans cet esprit, vous comprendrez rapidement que le jeu reprend une philosophie de gameplay propre à la plupart de ceux de l’époque, notamment avec l’absence d’une carte permettant d’afficher précisément votre position, ni un journal de quête pour préciser comment répondre aux besoins des habitants. Pour ce premier point, pas de panique, car l’agencement des zones et la présence de repères visuels pertinents permet de les explorer sans jamais s’y perdre. Pour les quêtes des PNJ, la plupart sont assez rapides à compléter, mais demanderont souvent un peu de déduction et d’observation. Nous conseillons d’ailleurs de parler à qui vous pouvez, car souvent un simple passant peut délivrer un indice intéressant sur une zone voisine. En réalité, si on peut parfois avoir l’impression d’être un peu perdu dans certaines rares zones du jeu, il suffit souvent de se réapproprier les possibilités du décor. Mina The Hollower possède d’excellents game design et level design qui récompensent le sens de l’observation.

Et ce serait d’ailleurs dommage de ne pas profiter du fabuleux travail de localisation du jeu, qui se permet d’employer des jeux de mots, comme le fait de gagner des « Nivos », ou des termes peu connus, mais terriblement adéquats, comme le fameux Mulotage ou les Bluettes. Mina The Hollower bénéficie d’un soin du détail à de nombreux niveaux.

Mina The Hollower est disponible sur Nintendo Switch 1 et 2, PlayStation 5, Xbox Series X|S, ainsi que PC, Mac et Linux via Steam, Humble et GOG pour 19,99€ sur ces plateformes.

Verdict

Avec ce nouvel univers, Yacht Club Games confirme de nouveau son amour pour les styles de jeux rétro et le pixel art. Si Shovel Knight était son Mario-like, alors Mina The Hollower est bien son Zelda-like. On y retrouve en effet tout le charme qui avait fait le succès de ces titres, mais avec un confort sans commune mesure grâce aux possibilités techniques modernes. Mina The Hollower est un jeu qui pourrait convenir à tous les types de joueurs, que vous soyez un vieux routard qui ne jure que par l’époque 8 bits, ou un jeune joueur n’ayant jamais touché à une Game Boy Color de sa vie, mais curieux de découvrir le charme de cette époque révolue. À la manière des autres jeux du studio, Mina The Hollower possède le potentiel pour se frayer une place parmi les œuvres cultes du jeu indépendant grâce à son univers, son gameplay et sa musique, même s’il faut admettre qu’il s’agit toujours d’un titre destiné à un public très ciblé.

95/100
Score total iIl s'agit d'une appréciation générale du jeu de la part du testeur et non d'une note à proprement parler.

Points forts

  • Une direction artistique remarquable
  • Un gameplay fluide et créatif
  • Des possibilités d'exploration riches
  • Un univers solide et surprenant
  • Le charme de la nostalgie et le confort du modernisme

Points faibles

  • Des hitbox un peu trop importantes
  • Moins horrifique que prévu dans son ambiance
  • Peut manquer d'indications pour guider les joueurs
Mina the Hollower
Fiche du jeu Mina the Hollower
Xbox Series X|SNintendo Switch 2PC (Microsoft Windows)PlayStation 5Nintendo Switch
Sortie : 29/05/2026
Voir la fiche complète →
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