Forte de 20 ans d’expérience, la licence Gears of War a montré du pays et d’innombrables Locustes à ses fans et pourtant, l’Emergeance restait nimbée de mystère. Avec Gears of War: E-Day, Microsoft propose de découvrir tout un pan de l’histoire de Gears of War ô combien primordial mais jusqu’à présent inexploré. Première véritable exclusivité de la firme depuis plusieurs années, après Starfield, Indiana Jones ou encore Forza, qui ont fini par sortir sur PlayStation 5, Gears of War: E-Day suscite de grandes ambitions et soulève de nombreux enjeux. Le jeu répond-il aux attentes ?
Test réalisé sur Xbox Series grâce à une version numérique envoyée par l’éditeur
L’entre-deux-guerres
Si, pour nous autres Français, E-Day fait sans mal penser au D-Day et résonne presque dans les mémoires comme un jour de bascule heureux ayant permis de mettre fin à la guerre, dans Gears of War, c’est tout l’inverse. Depuis 2006 et le premier épisode de la série, celle-ci nous a maintes fois conté les prouesses des Gears, derniers remparts de l’humanité face aux monstruosités Locustes qui surgirent des profondeurs.
À travers cinq épisodes principaux et quelques spin-offs, l’Émergence n’avait jamais été représentée. C’est sans doute le pan de l’histoire qui était à la fois le plus attendu par les fans, mais aussi le plus prometteur. Si la série nous a habitués à la violence à outrance et aux mises en scène époustouflantes, l’Émergence est sans conteste la clé de voûte de cet autel dédié à la destruction.

Gears of War: E-Day nous propose donc de revivre les premières heures de l’Émergence, alias l’invasion des Locustes à Kalona, une ville qui a basculé en enfer en l’espace de quelques heures seulement. Et si un mot devait résumer notre aventure, nul doute que le chaos arriverait en première position. Après tout, que feriez-vous face à une invasion éclair, ingérable et d’une violence inouïe ? Et que feriez-vous si, de surcroît, celle-ci survenait chez vous sans le moindre signe avant-coureur ? C’est, très grossièrement, ce qui s’est passé à Kalona et partout ailleurs dans le pays. On suit l’escouade Bravo, qui essaie tant bien que mal et à son échelle, de sauver un maximum de vies humaines dans un monde qui s’écroule autour d’elle, tel un château de cartes.
L’escouade Bravo est composée du légendaire Marcus et de l’iconique Dom, accompagnés de deux nouveaux protagonistes : Mags, une vétérane qui avait décidé de déposer les armes, et Lucas, un jeune cadet sans expérience, alias le bleu. Gears of War: E-Day explore en surface les blessures invisibles de nos héros et essaie de montrer, sans l’imposer, la violence psychologique qu’engendre une telle situation. À la fois très mature et très humaine, cette prise de position est plus que la bienvenue, et l’on s’aperçoit vite qu’il y a des hommes derrière ces montagnes de muscles et ces grosses armures.
Mais peu importe le niveau d’expérience au combat lorsque l’on fait face à une invasion de Locustes : les maîtres mots sont l’efficacité et l’improvisation. On découvre avec une certaine émotion la naissance de la tronçonneuse intégrée au Lanzor, ainsi que la stupéfaction des Gears lorsqu’ils remarquent peu à peu que les monstres qu’ils combattent sont de plus en plus gros, mais aussi et surtout très organisés. Il n’est pas nécessaire d’avoir joué aux précédents opus avant de poser la main sur Gears of War: E-Day puisque le jeu étant un préquel, il se suffit à lui-même. Il fait même une très bonne porte d’entrée sur la licence pour qui voudrait la découvrir.



Gears of War: E-Day met en scène avec brio ce que pourrait être une telle invasion et ce qu’elle coûterait sur les plans humain, opérationnel et organisationnel. Tout paraît cohérent et à la hauteur des événements, qu’il s’agisse de la chaîne de commandement établie à la va-vite ou des cris désespérés des civils. Sublimée par une mise en scène digne des plus grands films de science-fiction, l’aventure est saisissante. Découpée en plusieurs chapitres, elle permet ici et là d’errer plus ou moins librement dans des zones semi-ouvertes, d’y accomplir des objectifs secondaires et d’y ramasser des objets à collectionner.
On y découvre des soldats à soutenir, des personnes à secourir et, forcément, des hordes de Locustes à exterminer. Au début de l’aventure, il n’était pas rare de croiser quelques survivants courant et criant, tentant de fuir on ne sait où. Leur comportement était parfois risible, la faute à une IA comportementale aux fraises. Les Locustes ne sont pas non plus à l’abri de ce problème, puisque leur comportement en jeu est lui aussi parfois absurde. Cela reste relativement discret et n’entache pas profondément l’expérience. On se surprend toutefois à se poser des questions existentielles : les Locustes sont-ils secoués à la naissance ?

Techniquement presque irréprochable
Le gameplay reste fidèle à la licence : c’est-à-dire, se mettre à couvert et vider ses chargeurs sur des sacs à points de vie. L’arsenal et les mods d’armes et d’armures n’ont rien de surprenant et permettent au gré de vos besoins et de vos préférences, de vous adapter à presque toutes les situations. On déplorera toutefois quelques imprécisions dans les mises à couvert de nos héros qui ont parfois, une tête qui dépasse d’un bloc de béton ou des comportements illogiques quand on cherche à se protéger, mais cela reste du détail et n’a en rien entaché notre expérience en difficulté normale. Les joueurs plus vétérans ou adeptes des défis, pourraient lui préférer la difficulté hardcore ou démente et, dans ce cas précis, ces imprécisions pourraient être fatales.


Graphiquement, sur Xbox Series X, Gears of War: E-Day est un sans-faute. Que ce soit au niveau des jeux de lumière, de la verticalité des décors, des cinématiques ou encore de la direction artistique au sens large, Gears of War: E-Day propose ce qu’il y a de mieux en matière d’expérience visuelle sur Xbox Series X. Aucune chute du nombre d’images par seconde n’a été à déplorer et l’aventure a été un régal pour les yeux à qui nos captures d’écran ne rendent pas honneur.
Les décors fourmillent de détails et certains sont même destructibles, ce qui rend les affrontements encore plus cohérents. On regrettera cependant l’absence de mode photo, qui aurait été plus que le bienvenu ici. L’ambiance sonore est, elle aussi, très bonne et cohérente, mais quelque peu entachée par une spatialisation du son légèrement désorientante. Au casque, les monstres semblent être à proximité alors qu’ils sont encore loin. Quant à la bande originale, elle explore divers genres musicaux, de l’électro au rock. Il y en a pour tous les goûts, et elle s’avère très cohérente tout au long de notre épopée.

La campagne n’est bien évidemment pas le seul mode de jeu proposé par Gears of War: E-Day, puisqu’on retrouve également le mode Horde et le multijoueur compétitif. Seul ce dernier n’est pas disponible en écran partagé. Pour le reste, il est possible de jouer en coopération en ligne ou en écran scindé avec une deuxième manette Xbox. Encore trop rare pour ne pas être soulignée, on apprécie la possibilité de jouer aux jeux de 2026 avec deux manettes sur une même console.
Verdict
Gears of War: E-Day réussit à donner vie à l’un des événements les plus marquants de la saga, avec une campagne spectaculaire qui met en scène toute l’horreur de l’Émergence. Portée par une mise en scène impressionnante et une réalisation graphique irréprochable sur Xbox Series X, l’aventure est un retour aux sources particulièrement convaincant, que ce soit en solitaire ou en coopération, y compris en écran partagé. Quelques défauts viennent néanmoins ternir le tableau, notamment une intelligence artificielle parfois absurde ou encore une spatialisation sonore perfectible, mais ils sont suffisamment à la marge pour être ignorés. Gears of War: E-Day est donc un épisode majeur pour les amateurs de la franchise ou pour les nouveaux venus, capable de raviver la flamme de la série tout en explorant un pan essentiel de son histoire.
Points forts
- Mise en scène spectaculaire et immersive
- Approche humaine et mature des personnages
- Graphismes impressionnants sur Xbox Series X
- Bande originale variée et cohérente
- Coopération en ligne et en écran partagé
Points faibles
- Spatialisation sonore parfois incohérente
- Absence de mode photo
- Comportements des IA parfois illogique