Depuis sa sortie en 2015, Life is Strange s’est imposé comme une référence du jeu narratif. Son ambiance mélancolique a marqué toute une génération. Après Life is Strange: Double Exposure en 2024, aux retours mitigés, Deck Nine fait un choix audacieux. Proposer une suite directe avec Life is Strange: Reunion. Un mélange assumé entre le premier opus de la série et le dernier sorti à ce jour. Un choix risqué, tant les fans restent attachés à la magie du jeu original. Replonger dans cette histoire, c’est raviver des souvenirs forts, avec une conclusion qui en aura déchiré plus d’un. Entre nostalgie assumée, renouveau et fin d’une ère, le jeu cherche à réconcilier les fans de la licence. Mais parvient-il vraiment à retrouver la magie d’antan ? Ou il se contente de jouer sur la corde sensible des joueurs ? Life is Strange: Reunion est-il une conclusion à la hauteur… ou un retour dispensable ?
Test réalisé sur PS5 à l’aide d’une copie numérique envoyée par l’éditeur
Une suite ancrée dans le passé
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est essentiel de préciser que Life is Strange: Reunion s’inscrit comme une suite directe de Life is Strange: Double Exposure, sorti en 2024. Ce dernier prolonge lui-même les événements de Life is Strange ainsi que de Before the Storm (2017). Sans tous ces éléments précédents, il sera impossible de pleinement comprendre l’entièreté de ce nouveau titre. Heureusement que Deck Nine reste courtois en proposant une vidéo récapitulative assez succincte des derniers événements arrivés durant Double Exposure.
On retrouve ainsi Max Caulfield, une dizaine d’années après les événements tragiques d’Arcadia Bay, quel que soit le choix effectué à l’époque. Désormais professeure de photographie à l’université de Caledon, elle tente avant tout de fuir son passé et ses pouvoirs. Traumatisée par les conséquences de leur utilisation, Max a en effet renoncé à remonter le temps. Mais le calme est de courte durée : après s’être liée d’amitié avec Safi, cette dernière est retrouvée assassinée.
Ce choc réveille ses capacités, mais sous une forme inattendue. Max ne remonte plus le temps : elle navigue désormais entre deux réalités, l’une où Safi est vivante, l’autre où elle est morte. Les enjeux changent alors radicalement, les choix influençant ces deux mondes en parallèle. L’antagoniste n’est pas forcément celui que l’on croit, mais un enchevêtrement d’événements de relations humaines qui tournent mal. À force de vouloir réparer l’irréparable, Max finit par fragiliser ces deux réalités, se retrouvant face à un dilemme familier : sauver une personne au risque de tout détruire, ou accepter sa perte. Un miroir évident des événements du premier opus (entre Chloé et Arcadia Bay).
C’est dans ce contexte que Life is Strange: Reunion prend place. Épuisée par ces cycles de pertes et de décisions impossibles, Max n’est plus dans une logique de réparation, mais d’acceptation. Elle sait désormais que ses pouvoirs ont un coût, et que chaque choix entraîne des conséquences irréversibles. Le retour de Chloé ne relève plus seulement de la nostalgie, mais d’une véritable confrontation des choix passés de Max. La réalité fissurée a eu bien plus de conséquences que prévu, et Chloé en est la preuve vivante. Mais ce retour s’accompagne d’un nouveau drame : l’université de Caledon est frappée par un incendie criminel. Ce dernier coûtera la vie à de nombreux étudiants, dont Moses, un physicien proche de Max. Poussée par le désespoir, elle décide une nouvelle fois de briser ses propres règles et remonte trois jours en arrière, déterminée à empêcher la catastrophe.

Le choix de la continuité… au risque de stagner
Côté gameplay, Life is Strange: Reunion ne propose pas de véritable révolution par rapport à ses prédécesseurs. On aurait pu penser, à juste titre, que la manipulation des réalités allait être de nouveau présente dans le jeu, mais que nenni. Ici, retour aux origines avec le retour en arrière possible pour obtenir les interactions nécessaires pour avancer. Le principe reste inchangé : effectuer une certaine action et remonter le temps pour finalement y arriver. Les objets récupérés persistent malgré les retours temporels. La mécanique reste efficace pour progresser dans l’enquête autour de l’incendie de Caledon. On naviguera malgré tout entre les photos prises par Max, son journal ainsi que ses sms tout au long de l’aventure.
Lorsque Max laisse temporairement la place à Chloé, le jeu propose une variation bienvenue avec le système de Backtalk. Ici, pas de manipulation du temps, simplement une conversation parfois brute de décoffrage typique de Chloé. Il sera nécessaire d’effectuer les bons choix de conversations, où chaque réplique doit être choisie avec précision en s’appuyant sur les informations récoltées. Malheureusement, cette proposition d’alterner les gameplay semblait être une bonne idée qui s’essouffle rapidement pour laisser place à une Max quasiment omniprésente.

Plus globalement, cela reste quelque chose d’assez récurrent sur le fond. Max trône véritablement comme la protagoniste principale de l’histoire, reléguant les autres personnages à un rôle secondaire, parfois au détriment de leur développement. Certains arcs narratifs, comme ceux d’Owen, Yasmin ou encore Vinh, manquent ainsi de profondeur ou de véritable impact.
Mais que serait Life is Strange sans choix à conséquence, sa narration et ses thèmes abordés ? Ce jeu reste une aventure solo narrative où la narration fait partie intégrante de l’expérience de jeu. Cela passe essentiellement par des dialogues finement écrits entre les différents personnages présentés, notamment entre Max et Chloé qui auront fait chavirer notre cœur à plusieurs reprises.
Par ailleurs, dès le jeu commence, cinq choix importants sont à la main du joueur. Il y a possibilité de laisser le hasard décider. Certains choix qui n’auront… malheureusement aucun impact pour l’aventure. D’autres sont même trop centrés sur les relations amoureuses de la pauvre Max qui a tout simplement autre chose à penser que de choisir entre Chloé, Vinh ou Amanda.

À l’inverse, les décisions majeures sont mises en scène de manière plus marquante, avec un écran se fissurant pour symboliser leur importance. Un choix juste pour Max, pour Chloé, pour Caledon. Ces choix semblent parfois anodins, sans conséquences, mais ce n’est qu’à la fin de l’histoire qu’on se rend compte que leurs conséquences se révèlent pleinement. On peut néanmoins regretter une certaine insistance sur les relations amoureuses de Max, parfois au détriment d’enjeux plus importants. De plus, certaines dynamiques, notamment entre Max et Chloé, semblent parfois orientées de manière assez forcée, indépendamment des choix effectués dans les précédents jeux.
Une histoire plus mature, plus humaine
Life is Strange: Reunion s’appuie avant tout sur une narration forte, qui saura toucher – ou non – les fans de la licence. Mais au-delà de son écriture, c’est aussi par son esthétique que le jeu parvient à marquer. Les décors sont vivants, soignés, et participent pleinement à l’immersion, malgré quelques expressions faciales parfois en retrait. Les scènes de contemplation, accompagnées de la bande-son, restent des moments suspendus qui poussent à poser la manette, simplement pour profiter de l’instant.

Se mettre à la place de Max n’a jamais été aussi difficile. Le jeu aborde des thématiques profondes: le deuil, les choix, l’acceptation. Là où les précédents opus jouaient sur la possibilité de réparer les choses, Reunion adopte une approche plus mature et plus lucide. Max n’est plus une adolescente. Elle est désormais une adulte marquée par ses expériences, plus réfléchie, parfois fataliste, mais surtout consciente des conséquences de ses actes. Le jeu propose ainsi une vision plus apaisée, où tout ne peut pas être corrigé, mais où il est possible d’apprendre à vivre avec ses décisions. Des thèmes dans lesquels de nombreux joueurs pourront facilement se retrouver.
La direction artistique et la bande originale restent fidèles à l’ADN de la série. Les musiques, aux influences pop et rock, accompagnent parfaitement les moments clés et renforcent l’impact émotionnel. Le doublage, notamment en français, est de bonne qualité. Les voix sont crédibles, bien interprétées, et transmettent efficacement les émotions des personnages sans jamais sembler artificielles.
Sur le plan technique, le jeu tourne correctement sur PS5, avec une expérience globalement fluide. On note néanmoins un clipping assez récurrent, sans que cela ne vienne réellement entacher l’expérience. Nous avons aussi fait face à certaines scènes beaucoup trop lumineuses, nécessitant un redémarrage du jeu pour revenir à la normale. Les transitions entre gameplay et cinématiques sont naturelles, mais on peut regretter la présence de nombreux temps de chargement. Heureusement, ceux-ci restent relativement courts. À noter qu’une première run complète demande environ une dizaine d’heures, en prenant le temps d’explorer.
Verdict
Life is Strange: Reunion est une expérience aussi plaisante qu’elle peut se montrer frustrante dans ses derniers instants. En remettant au centre Max et Chloé, le jeu ravive une relation marquante. Même si l’on aurait aimé passer davantage de temps à leurs côtés avant de leur dire adieu. Malgré quelques défauts techniques, notamment des expressions faciales inégales et un clipping récurrent, la réalisation reste fidèle aux standards de la licence. Elle reste portée par une direction artistique et sonore toujours aussi efficace. L’histoire, quant à elle, parvient à proposer une conclusion à la hauteur des attentes, une fin que beaucoup de joueurs attendaient. À condition d’avoir parcouru et survécu à Life is Strange: Double Exposure au préalable pour en saisir toute la portée, Reunion s’impose comme un dernier chapitre solide. Deck Nine livre ici une conclusion imparfaite, mais sincère, à une saga qui aura durablement marqué les joueurs.
Points forts
- Un duo au top
- Personnages secondaires mieux exploités
- Une direction artistique toujours aussi belle
- Un doublage audio de qualité
- Une bande-son digne d'un Life is Strange
- Enfin une conclusion à l'histoire de Max et Chloé
Points faibles
- Pas d'innovation de gameplay
- Des choix parfois trop insignifiants
- Des personnages secondaires sous exploités par instant
- Quelques bugs visuels (clipping, soucis de luminosité)
- Des expressions faciales parfois à revoir