Si la plupart des cozy games vous promettent un monde doux, avec peu de prises de tête dans le gameplay et un système de récompense satisfaisant, eh bien les deux premiers éléments ne correspondent pas vraiment à Graveyard Keeper 2. En revanche, si vous trouvez du plaisir dans la réflexion, la mise en place de systèmes complexes et l’humour aussi noir que le café du matin avant une journée de travail, alors bienvenue dans ce second titre qui reprend la trame du premier jeu de la licence, celle où vous incarnez un gardien de cimetière, mais cette fois avec une invasion de zombies sur les bras. Est-ce que cela vaut le coup ? Honnêtement, oui, et découvrez pourquoi dans ce test qui vous promet une autre vision du jeu, bien différente que celle d’un enfer capitaliste qu’on pourrait s’imaginer.
Test réalisé sur PC grâce à une copie numérique envoyée par l’éditeur
Nous voici donc de retour dans les cimetières pour Graveyard Keeper 2, la suite du premier jeu du même nom, réalisé par le studio Lazy Bear Games et édité par Tinybuild Games. Reprenant ainsi quelques personnages et de nombreux éléments de gameplay, mais en versions améliorées pour la plupart d’entre eux. Pour ceux qui découvrent la série avec ce second épisode, ils ne seront pas perdus pour autant (du moins, pas au niveau de l’histoire en tout cas, qui en est la suite directe) : Graveyard Keeper 2 met en place un nouveau récit, avec un protagoniste différent, et se permet de faire quelques rappels sur l’intrigue du premier jeu à l’aide de quelques visuels. Il est donc tout à fait possible de découvrir cette licence de simulation parodique de fossoyeur déjanté par ce second titre, qui nous semble être une version améliorée du premier.
Pour ceux qui découvrent donc la série avec ce second épisode, voici une présentation sommaire avant de plonger dans la fosse : Graveyard Keeper 2 est une sorte de cozy game vous invitant à gérer de nombreux éléments pour développer l’influence que possède votre personnage sur ce monde, que ce soit au niveau de ses capacités, de ses richesses, de ses propriétés et de ses relations. Si le premier jeu se présentait comme une gestion de cimetière, on finissait très rapidement par devoir gérer de nombreux autres éléments, comme des cultures, une église, des zombies, l’exploration d’un donjon, voire un camp de réfugiés et une taverne dans les différents contenus additionnels disponibles. Graveyard Keeper 2 reprend ainsi cette même formule à quelques différences près.
On retrouve évidemment la gestion d’un cimetière, ainsi que quelques éléments similaires, comme un potager à entretenir, une église à réparer ou des relations à améliorer avec les habitants mais la grosse nouveauté de Graveyard Keeper 2 est la bataille de zombies. (ainsi que la manufacture, mais on y reviendra plus tard). En effet, le monde fait face à une apocalypse menée par des morts-vivants. En conséquence, la seule bonne idée qui vous soit venue, c’est de rajouter encore plus de zombies pour réduire le nombre de zombies. Mais dans l’esprit du jeu, c’est assez logique.
Réparer les erreurs de sa tendre moitié
Graveyard Keeper 2 est donc une suite dont l’intrigue se déroule 8 ans après les événements du premier jeu. On y incarne un protagoniste ressemblant comme deux gouttes d’eau à celui du titre précédent, au point que certains personnages que l’on a déjà découverts dans Graveyard Keeper nous confondent avec lui. La vérité, que l’on découvre dès le début, c’est que nous en sommes une moitié, séparés lors de notre invocation en ce monde. Si le but de notre double était de réaliser un rituel interdit pour retourner chez lui et revoir sa femme, dans Graveyard Keeper 2, c’est plutôt l’inverse. Notre héros se plaît plutôt bien ici, malgré quelques premières mésaventures, au point de vouloir faire de ce lieu son foyer. C’est donc avec une bonne volonté, et quelques pointes de cynisme, qu’il accepte de prêter main-forte pour sauver la ville d’une invasion zombie, même si cela risque bien de prendre des proportions plus grandes que prévu.

En effet, cette apocalypse ne vient pas de nulle part et de nombreux personnages accusent le protagoniste du premier jeu (c’était peut-être vous ?) d’avoir réalisé un grand nombre d’actions immorales, au point de briser l’équilibre du monde (espèce de monstre). Il vous faudra ainsi suivre les directives d’une fée pour tenter de retrouver les traces d’un dieu ancien et espérer réparer les erreurs de votre double maléfique. Et pour y arriver, libérer la ville des hordes de non-morts sera nécessaire. Ce qui tombe bien étant donné que, très vite, de nombreux PNJ viendront vous voir pour vous demander de sauver leur foyer. Puisque vous êtes le seul ici capable de vous sortir les doigts de quelque part pour améliorer les choses, que ce soit votre cimetière ou l’état du monde, le sort de tous dépend donc de vous. Mais n’espérez aucune gratitude, ou alors pas longtemps.
Une profession qui ne manque pas de clients
Pour sauver une ville, il faut des ressources : hommes, équipements, structures, objets et fonds. Et si on vous demande très rapidement de l’aide pour y parvenir, le problème c’est que vous êtes aussi le seul capable de réunir tout le nécessaire pour mettre en place ce sauvetage. Il faudra donc exploiter presque tous les aspects de gestion du jeu, ce qui donne à Graveyard Keeper 2 l’avantage de créer une fluidité quant à la découverte de ces différents gameplay et de leur gestion, surtout quand vous parvenez à mettre en place une automatisation des tâche, même si certains problèmes peuvent vite survenir selon votre façon de jouer. Mais pour l’instant, restons-en à la présentation des gameplay principaux que propose le jeu.
Tout d’abord, on retrouve donc ce cher cimetière, qui a fait l’originalité du premier Graveyard Keeper. Il sera régulièrement approvisionné en cadavres, que vous pourrez utiliser à votre guise. Il sera possible d’utiliser vos compétences de chirurgien et d’alchimiste pour améliorer leurs caractéristiques en fonction du destin que vous leur réservez. Chaque cadavre possède un certain nombre de points de crânes blancs ou de crânes rouges. Remplir son cimetière avec des corps possédant uniquement des points de crânes blancs en améliore la qualité, vous permettant d’améliorer aussi l’église et de gagner plus d’argent. Les points de crâne rouge, en revanche, vous permettront d’obtenir des zombies plus efficaces, que ce soit pour les batailles ou pour effectuer des tâches à votre place.
Le zombie est le nerf de la guerre, qu’elle soit littérale ou commerciale. Contrairement au premier jeu, où les zombies pouvaient agir uniquement dans des installations spécifiques, ici il vous sera possible de directement les inclure à n’importe quelle activité, que ce soit de la manutention, de la récolte ou la cuisine. Ce faisant, les zombies gagneront des points d’amélioration que vous pourrez investir dans leurs propres compétences. Vous vous rappelez les fameux crânes rouges mentionnés plus haut ? Plus un zombie en possède, plus il pourra être amélioré. Ce sera en revanche toujours à vous de les équiper du bon outil pour qu’ils puissent réaliser leurs travaux ou gagner leurs combats.
Une fois bien préparé, un zombie pourra faire partie d’une troupe d’attaque, que vous mènerez contre ses semblables pour délivrer la ville de leurs mains pourries. Cette partie du jeu ne brille pas par son gameplay innovant : après tout, votre personnage ne possède que deux types d’attaques, que sont le coup d’épée et le tir à l’arc, mais elle demandera tout de même un bon esprit d’anticipation et de stratégie. Avant chaque assaut, ce sera à vous de placer les défenses que vous aurez fabriquées en amont. Il vous sera aussi possible de vous renforcer à l’aide de diverses potions pour faire de vrais trous dans les lignes adverses. Les moments de bataille font de vous un vrai chef de guerre, dont les troupes vous suivront tant que vous porterez une bannière pour les guider et se battront jusqu’à la mort à l’endroit où vous la placerez, même si elles reviendront une fois la bataille terminée, vous évitant ainsi la peine d’en ressusciter d’autres à chaque assaut.

Étonnamment, la gestion du cimetière prend une place beaucoup moins importante dans ce second volet, mais il y a tellement de choses possibles à gérer à côté, que ce choix d’équilibrage nous paraît judicieux. Vraiment, le nombre de zombies qu’il faudra obtenir et améliorer est complètement absurde en comparaison avec le premier jeu.
Évitez de vous tuer à la tâche
L’une des principales raisons pour lesquelles il faudra passer par une session intensive de recrutement d’employés fraîchement décédés se situe dans votre cave. Graveyard Keeper 2 pousse la logique et la satire capitaliste en vous proposant un vaste espace de travail que vous devrez aménager en une manufacture cohérente et efficace. De quoi ravir les fans de jeux de gestion d’usine façon Factorio, en somme. Ainsi, certains zombies seront assignés à des tâches de récolte de matières premières, comme le bois ou le fer, tandis que d’autres travailleront sur les postes que vous leur aurez confiés et fabriqueront en masse les objets demandés, tant que les ressources affluent.
Si vous parvenez à mettre cette entreprise sur pied, cela vous assurera des finances constantes, ainsi qu’un moyen rapide et efficace de répondre aux besoins des habitants de la ville, qui chaque semaine vous demanderont de répondre à des commandes. Le faire deviendra très vite essentiel si votre but est d’améliorer les capacités des différentes structures sous votre charge, ainsi que votre personnage au maximum.
Car une ville sauvée d’une apocalypse reste une ville détruite, qu’il vous faudra donc reconstruire pour en faire revenir les habitants, qui permettront ensuite de gonfler le nombre de points de gratitude que vous recevrez, lesquels seront ensuite convertis en points de foi lors de vos cérémonies à l’église ; points de foi nécessaires pour débloquer toutes les compétences de votre personnage et ainsi accéder à de meilleures fabrications. Graveyard Keeper 2 propose ainsi toute une démarche plutôt logique et qui s’imbrique bien dans le sentiment d’évolution et d’accomplissement que l’on peut ressentir au cours du jeu. Même si, durant notre phase de test, on sentait encore quelques manques dans l’équilibrage des ressources disponibles, comme le nombre de cadavres livrés par exemple, qui répondait assez peu à nos besoins du moment.

Rappel important : toutes ces parties du jeu mentionnées plus haut, comme la manufacture et les commandes, ne sont pas nécessaires pour avancer dans l’intrigue de l’histoire. Vous pouvez vous en passer pour avancer dans les quêtes des personnages et l’intrigue. Malgré son système de journées, il est important de prendre votre temps pour profiter du jeu comme un véritable cozy game. Essayer de répondre absolument aux contraintes de la journée tout en se dépêchant de réaliser des tâches en cours ne créera que de la frustration et transformera le titre en labeur pur et simple (ce qui nous est un peu arrivé à un moment).
Ayez votre propre rythme, tant pis si aujourd’hui vous avez passé votre temps à la pêche alors que c’était l’unique jour pour diriger la messe. Il y aura toujours la semaine prochaine. Il est tout à fait possible de réaliser toutes les quêtes du jeu en prenant votre temps, voire en refusant d’exploiter des zombies. Choisir la paix et la tranquillité, n’est-ce pas là une véritable victoire ?
Un univers charmant et plein de vie
Et pour vous aider à atteindre une certaine sérénité de l’esprit, une fois que vous aurez compris que l’argent et le pouvoir ne font pas tout dans la vie, rien de mieux que la beauté de la nature. Quoique… après tout, même avec une armée de zombies qui travaille à votre place et de l’or plein les poches, la nature sera toujours aussi belle ; alors, peu importe votre style de jeu, prenez donc le temps d’observer les décors qui vous entourent. Graveyard Keeper 2 abandonne le pixel art complet pour des modèles d’environnement en 3D. Cela ne saute pas immédiatement aux yeux, mais on s’en rend compte quand on prend le temps d’observer le changement des ombres et le système d’éclairage dynamique.

Graveyard Keeper 2 est une véritable amélioration graphique en comparaison du premier jeu, qui était déjà plutôt sympathique, mais cette fois on a l’impression d’évoluer dans un vrai petit diorama, avec différents niveaux de profondeur pour les zones d’eau, proposant pour certains un mini-jeu de pêche sympathique, au passage. Les musiques restent relativement discrètes, mais collent toujours aussi bien à l’ambiance du jeu ; certaines parviennent même à rester longtemps en tête, mais on peut sans doute le mettre sur le compte des longues sessions de jeu. La bande-son est efficace et parvient à offrir une indication précise sur ce qui peut se passer, sans devoir scanner l’écran des yeux, comme la fin de la cuisson d’un plat ou la direction d’où va attaquer une horde de zombies.
On a également été surpris par la présence d’un doublage anglais, alors que le premier jeu utilisait uniquement du charabia pour ses dialogues. Le choix vous est tout de même laissé entre les deux modes, si la présence de voix vous dérange pour l’ambiance du jeu et des dialogues. Ces derniers sont d’ailleurs toujours bien écrits, malgré un humour un peu moins noir que le premier titre, même si certaines situations et traits d’esprit nous ont bien fait rire au cours de l’histoire.
Memento Mori
Graveyard Keeper 2 propose une expérience franchement rafraîchissante et satisfaisante, parfaite pour décompresser après le travail, tout en mettant à l’épreuve ses capacités de gestion. Le jeu récompense grandement la réflexion et l’attention aux détails. Tout n’est pas expliqué du premier coup et vous force souvent à gaspiller des ressources ou à tester différentes approches pour trouver une méthode idéale. Même si cela peut sembler frustrant, ce qui n’est pas si grave, une fois que l’on comprend que ça fait partie de l’esprit du jeu. Il peut être difficile de comprendre quelles sont les améliorations les plus nécessaires à débloquer ; faire le mauvais choix peut donner l’impression que l’on perd du temps, mais ce n’est pas important, et il faut faire comme notre personnage : garder un certain détachement et rester serein.

En revanche, il est tout à fait possible de tomber sur des bugs capables de gâcher l’expérience du jeu. De notre côté, nous avons uniquement subi quelques bugs d’affichage, apparus au bout d’une heure ou deux de jeu, ou le fait de ne pas sauvegarder à chaque repos ; mais pour certains collègues, ce sont de véritables blocages dans les quêtes qui sont apparus, empêchant ainsi de terminer l’histoire principale.
Heureusement, Lazy Bear semble travailler avec ferveur pour corriger tout ce qui a été remonté, et la présence d’une version bêta du jeu pourrait permettre de découvrir davantage de bugs. Nous conseillons tout de même de rester prudent à la sortie du jeu, prévue pour le 22 septembre prochain, et de ne pas vous précipiter pour éviter les mauvaises surprises. Il serait dommage de perdre plusieurs dizaines d’heures alors que le jeu est encore tout frais.
Verdict
Bon, il est toujours dommage de ne pas avoir de système de romance dans Grav… Mais qu’est-ce que je raconte ? Le jeu possède un univers sacrément chouette et une ambiance unique qui font du titre une belle référence dans le genre des cozy games de gestion ! Si vous souhaitez développer un véritable empire financier à l’aide de vos zombies, comprendre le fonctionnement de nombreux systèmes plutôt malins et mener de vraies petites batailles, alors Graveyard Keeper 2 est un jeu fantastique, qui donne envie d’y retourner dès qu’on le quitte. Il y a sûrement un syndrome de Stockholm quelque part, mais le jeu manie à la perfection le sentiment de progression et d’accomplissement que ce média peut nous apporter. Si l’humour grinçant et déjanté vous convient, alors prenez votre épée et votre pelle, car un poste de gardien de cimetière vient de se libérer pour vous.
Points forts
- Système de progression intéressant et satisfaisant
- Ambiance déjantée et sombrement drôle
- Un gameplay qui récompense la réflexion
- Beaucoup de choses à faire et de moyens d'accomplir des quêtes
Points faibles
- Manque de clarté des mécaniques difficiles, comme la manufacture
- L'impression de labeur peut vite survenir
- De nombreux bugs présents avant et pendant la version démo
- Oh, allez, même pas une petite romance possible ?