Il existe des jeux dont personne n’aurait imaginé voir le jour. Des jeux capables de raviver des souvenirs d’enfance que l’on pensait oubliés. Last Flag fait partie de cette catégorie. Derrière ce projet, on retrouve notamment Dan Reynolds, le leader du groupe Imagine Dragons – un détail qui pouvait laisser planer quelques doutes quant au résultat final. Pourtant, le jeu a été développé pendant cinq ans aux côtés de son frère, au sein du studio Night Street Games. Loin de se limiter à un simple hero shooter, Last Flag mise sur une forte dimension nostalgique et propose une approche plus stratégique du genre, en misant sur le Capture The Flag. Mais derrière cette promesse séduisante, le jeu parvient-il réellement à se démarquer ou reste-t-il prisonnier d’une formule déjà bien connue ?
Test réalisé sur PC à l’aide d’une copie numérique envoyée par l’éditeur
Une autre vision du hero shooter
Last Flag est un jeu multijoueur en ligne basé sur l’affrontement PvP. À première vue, on pourrait penser qu’il s’inscrit dans la lignée de titres comme Overwatch, Valorant ou encore Deadlock. Dans ces jeux, un point commun s’impose : l’affrontement direct constitue le cœur de l’expérience, reléguant souvent les objectifs au second plan. Du côté de Last Flag, le choix est tout autre. Ici, le jeu porte fièrement son nom : la capture de drapeau est centrale. Le drapeau n’est pas un simple objectif annexe, il est l’essence même de la partie. Exit les gunfights incessants : le titre mise avant tout sur la stratégie, là où d’autres jeux du genre la laissent parfois en retrait.
La première minute de jeu consiste à dissimuler son drapeau sur une moitié de la carte. À ce stade, la stratégie reste encore limitée : chaque équipe cherche avant tout la cachette idéale, qu’il s’agisse d’un rocher, d’une fissure, du sommet d’une structure ou du pied d’une montagne. Une phase à la fois courte et étonnamment longue, qui remet en avant un élément devenu rare : l’attente et l’organisation collective. Une fois cette phase terminée, les joueurs partent affronter des robots appelés Cashbots, permettant d’améliorer les aptitudes de leur héros. C’est à ce moment précis que le jeu révèle toute sa profondeur : la stratégie entre réellement dans la partie.
Impossible, dès lors, de faire abstraction de l’esprit d’équipe. Chaque décision se construit collectivement pour mener à bien cette chasse au drapeau. Sans coordination, le chaos s’installe rapidement. Trois tours radars deviennent alors des points clés : leur contrôle permet de réduire progressivement les zones où le drapeau ennemi peut se cacher. Plus le temps passe, plus la recherche se resserre, jusqu’à atteindre un point de tension maximal. Ces tours offrent également quelques avantages, comme la téléportation au milieu de la map ou la régénération de vie.

Mais trouver le drapeau n’est que le début. Il faut ensuite le ramener à sa base et le défendre pendant une minute entière. Le porteur devient alors une cible prioritaire : endurance réduite, capacités désactivées… La pression monte immédiatement. Les stratégies divergent : attendre une ouverture, foncer avec le soutien de ses alliés… Chaque choix peut faire basculer la partie.Une fois de retour à la base, une nouvelle phase débute : la défense. Le jeu bascule alors dans un chaos maîtrisé, où chaque capacité, chaque mouvement et chaque bruit comptent. La tension est constante, presque étouffante. Et si l’ennemi parvient à récupérer le drapeau malgré tous les efforts, la frustration est immédiate. La chasse reprend, cette fois dans votre propre camp, avec une intensité décuplée.
Pas de héros sans équipe
Cependant, Last Flag ne se limite pas à son concept de capture de drapeau. Le choix des héros joue lui aussi un rôle central dans l’attrait du jeu. Avec neuf personnages disponibles au lancement, le titre propose des styles de jeu variés et complémentaires. Certains héros privilégient le corps à corps, à l’image de La Dague ou du Bûcheron, redoutables mais exigeants à maîtriser. D’autres, comme l’Éclaireur, adoptent une approche à distance. À cela s’ajoutent des profils plus hybrides, dont l’efficacité repose sur l’utilisation de capacités spécifiques : tourelles, flammes, grenades ou encore pièges. Il y en a pour tous les goûts.

Les héros disposent chacun de leur propre design et d’un début d’identité narrative. Il se veut varié, mais immédiatement reconnaissable. Si certains sont plus agréables à jouer que d’autres, il reste essentiel de tester différentes compositions, aussi bien individuellement qu’en équipe, afin de tirer pleinement parti du jeu. On ne peut pas dire que ces personnages soient particulièrement mémorables ou qu’ils marqueront durablement les esprits. Pourtant, leur design reste cohérent avec l’univers proposé, parfois même légèrement loufoque, ce qui suffit à esquisser un sourire en début de partie.
À première vue, certains personnages peuvent sembler plus puissants que d’autres. Pourtant, Last Flag repose avant tout sur la stratégie collective. Ici, aucun héros ne domine réellement : tout dépend de la coordination et des choix d’équipe. À l’heure actuelle, aucune méta claire ne semble s’imposer. On observe plutôt des répartitions de rôles : certains joueurs partent à la recherche du drapeau, d’autres mettent la pression sur l’équipe adverse, tandis que le reste se concentre sur le contrôle des tours radars.
Par ailleurs, il est possible de changer de héros après chaque élimination. Une mécanique qui rend la stratégie particulièrement flexible, contrairement à des jeux comme Valorant ou Deadlock, où les choix sont souvent figés pour toute la partie. Le jeu se transforme en mission multijoueur pour des parties entre 10 et 20 minutes. C’est donc un jeu proposant des parties assez rapides, permettant de respirer entre chaque chasse.

Cependant, après plusieurs parties, une limite importante apparaît. Là où Last Flag brille par sa nécessité de communication, tous les joueurs ne jouent pas le jeu. Certains abordent encore le titre comme un hero shooter classique, privilégiant les affrontements individuels au détriment de la stratégie collective. Dans ces conditions, l’expérience peut rapidement perdre en intérêt, voire devenir frustrante.
Un show maîtrisé, mais encore jeune
Pour finir, Last Flag se montre particulièrement solide sur le plan technique. Sur PC, le jeu tourne de manière fluide, sans ralentissements notables. Les hitboxes se montrent précises, aussi bien à la manette qu’au clavier-souris, tandis que les retours visuels des dégâts restent clairs et cohérents. L’interface, volontairement sobre, évite la surcharge d’informations à l’écran – un choix appréciable, même s’il pourra sembler un peu minimaliste pour certains joueurs.
Visuellement, le titre s’inspire clairement de Team Fortress 2, que ce soit dans les silhouettes, les animations ou les finishers. Pour autant, il parvient à conserver sa propre identité, notamment grâce à une direction artistique marquée par une ambiance années 70. Ce parti pris fonctionne particulièrement bien avec la bande-son, composée par Dan Reynolds et son groupe. Les morceaux, groovy et entraînants, accompagnent efficacement les différentes phases de jeu sans jamais prendre le dessus. L’ensemble renforce cette atmosphère de show télévisé américain légèrement kitsch, mais assumé.

Côté contenu, le jeu ne propose pour l’instant que deux cartes, ainsi qu’un seul mode de jeu : la capture du drapeau. Un nombre limité, qui pourra susciter quelques réserves sur la durée. Pourtant, ces environnements se révèlent denses et bien construits. Sans être gigantesques, ils offrent un terrain de jeu cohérent, où chaque zone semble pensée pour encourager l’exploration et les stratégies variées. Entre crevasses, zones boisées et chemins détournés, les possibilités d’approche sont nombreuses. Si les deux cartes parviennent à se différencier dans leur ambiance, certaines similitudes dans leur structure peuvent toutefois se faire ressentir sur la durée.
Cependant, le jeu n’est pas tout rose non plus. Les développeurs ont fait le choix d’un modèle payant. Cela pourrait en freiner plus d’un dans un marché PvP très concurrentiel. Par ailleurs, le jeu mise sur un talk-show in-game pour faire vivre son univers. Mais sans véritable explication du lore, les commentaires peuvent sembler décalés, voire dérangeants. Cela nuit parfois à l’immersion. De plus, un historique des parties pourrait rajouter un plus conséquent pour rivaliser avec ses concurrents.
Verdict
Last Flag est un jeu pensé par des joueurs, pour des joueurs. Une expérience vivante, qui met en avant une dimension collective et stratégique trop souvent mise de côté dans les productions actuelles. Le titre parvient à se démarquer grâce à ce mélange de nostalgie et de réflexion constante, offrant des parties aussi tendues qu’engageantes. Tout n’est pas parfait pour autant. Son modèle payant et son contenu encore limité peuvent freiner certains joueurs, d’autant que plusieurs aspects mériteraient d’être peaufinés avec le temps. Malgré ces réserves, Last Flag mérite que l’on s’y attarde. À condition de jouer le jeu – au sens propre comme au figuré -, il parvient à recréer cette sensation rare de coopération et de stratégie, rappelant les parties improvisées d’enfance. Une expérience imparfaite, mais sincère, qui pourrait bien trouver son public.
Points forts
- Un véritable Capture The Flag
- Très rythmé
- Ambiance rétro cohérente
- Bande son par Dan Reynolds aux petits oignons
- Un bon panel de personnages de départ
- Deux maps cohérentes et généreuses
Points faibles
- Le modèle économique du jeu (le jeu est payant)
- Demande une très forte communication entre les joueurs
- Difficulté à trouver parfois des coéquipiers pour jouer
- Uniquement deux maps pour commencer
- Manque d'améliorations (historique de parties...)
