En développement depuis 2022, The Witch’s Bakery, un petit jeu indépendant français, a su attirer l’attention des joueurs grâce à sa direction artistique colorée et à ses accents typiquement français. À travers un concept simple, mais original, le jeu nous invite à vivre une expérience douce et agréable, où les émotions se mêlent aux pains au chocolat (ou aux chocolatines, pour d’autres). Cependant, la recette concoctée par le studio saura-t-elle séduire les papilles du plus grand nombre ?
Testé sur PC grâce à une version numérique envoyée par l’éditeur
Une routine bien huilée, mais trop simpliste
C’était avec un regard curieux, que nous avons pris le jeu en main lors d’une première session de préview durant la PGW 2025. Celle-ci fut une excellente surprise à l’époque, mais qu’en est-il un an après ? Aussi douce qu’une pâtisserie, la direction artistique de The Witch’s Bakery se dévoile dès les premiers instants, à travers son écran-titre. Une musique des plus calmes, un visuel coloré, tout est prêt pour plonger dans cette aventure magique. Inspiré de Kiki la petite sorcière de Hayao Miyazaki, le jeu nous invite à incarner Lunne. Cette jeune sorcière fraîchement diplômée découvre un Paris contemporain. Son objectif ? Venir en aide à ses habitants en soignant leurs blessures émotionnelles grâce à ses talents de boulangère. Pour accomplir sa mission, elle peut compter sur Orio, son fidèle ami. Celui-ci utilise sa magie pour accélérer la préparation des pâtisseries.
Sur le papier, l’histoire peut sembler assez classique. Chaque pâtisserie et viennoiserie devient pourtant un moyen d’apporter un peu de bonheur et de courage aux habitants de la capitale. Mais les pouvoirs de Lunne ne s’arrêtent pas là. En tant que sorcière de cœur, elle perçoit les regrets des autres. Ceux-ci prennent la forme de créatures aquatiques et fantomatiques, qui gravitent autour de certaines personnes. Ces regrets peuvent empoisonner leur quotidien. Lunne devra donc apprendre à les comprendre pour mieux aider ceux qui en souffrent. Au fil de l’aventure, le jeu aborde ainsi des thèmes comme l’acceptation de soi et des autres, le burn-out, l’empathie, l’anxiété ou encore la dépression. Des sujets matures, traités avec une certaine justesse et portés par une direction artistique particulièrement colorée. Ce contraste apporte une identité singulière au jeu, sans pour autant nuire à la portée de ses thématiques.

The Witch’s Bakery prend la forme d’une aventure narrative en 2D, teintée de mécaniques de RPG. L’expérience alterne entre les phases de gestion de la boulangerie, sur lesquelles nous reviendrons plus tard, et des moments plus libres durant lesquels nous pouvons explorer Paris, nouer des liens avec les différents personnages et tenter de leur venir en aide. Ces dernières séquences prennent la forme de puzzles plus ou moins complexes, chacun bénéficiant d’une présentation visuelle qui lui est propre. L’histoire se découpe en cinq grands chapitres et demande entre 20 et 25 heures pour être terminée. Les amateurs de succès pourront facilement ajouter cinq heures supplémentaires pour compléter la liste, sans rencontrer de difficulté majeure.
Un quotidien bien rempli, ou presque
Maintenant que le décor est posé, intéressons-nous davantage au cœur même des différentes mécaniques de gameplay proposées par The Witch’s Bakery. Les journées suivent une organisation bien précise, avec des activités qui rythment chaque étape de la semaine. Le jeu introduit progressivement ses différentes fonctionnalités afin que le joueur ne se sente pas perdu dès les premiers instants. Orio est également présent pour l’aider si besoin. La première étape concerne la simulation de la boulangerie, qui constitue l’une des principales activités de Lunne au fil de son aventure parisienne.
Le fonctionnement est assez simple : les clients arrivent avec leurs commandes, qui dépendent du menu choisi par le joueur et des pâtisseries débloquées au cours de l’aventure. Nous contrôlons alors Lunne, qui se rend en cuisine pour préparer la pâte à travers un mini-jeu intuitif. Orio prend ensuite le relais pour assurer la cuisson des commandes. Il ne reste plus qu’à déplacer Lunne entre les produits préparés et les clients, tout en respectant le temps imparti. Un système de patience vient rythmer les services : si un client attend trop longtemps, il peut repartir sans avoir été servi. Heureusement, certains personnages qui rejoindront la boulangerie au fil de l’histoire pourront apporter différents bonus pour faciliter le déroulement des journées. Enfin, certains clients présentent des regrets qu’il faudra traiter à travers un mini-jeu prenant la forme d’un labyrinthe.

Une fois le service terminé, Lunne peut profiter de son temps libre pour explorer Paris et découvrir les nombreuses activités proposées. Elle peut se reposer, assister à un concert, aller au théâtre, acheter des livres ou des meubles, mais aussi téléphoner à ses proches. Ces moments permettent de varier les journées et de découvrir une autre facette de la vie de notre jeune sorcière. Il faut toutefois garder un œil sur son énergie, puisque chaque activité en consomme une certaine quantité. Si celle-ci tombe à zéro, Lunne se retrouve en burn-out et doit se reposer le lendemain, ce qui l’empêche de travailler à la boulangerie. Elle perd alors une journée de revenus, un élément à prendre en compte pour organiser son emploi du temps.

Après ses activités à Paris, Lunne rentre chez elle et une nouvelle phase de jeu s’offre à nous. C’est l’occasion d’améliorer nos pâtisseries et viennoiseries à travers des mini-jeux de cuisine qui rappellent Cooking Mama. Ces séquences permettent d’améliorer les recettes, de réduire leur temps de préparation et d’augmenter leur prix de vente. Les soirées offrent également d’autres possibilités, comme lire un livre ou jouer à des jeux vidéo. Les amateurs d’animation japonaise pourront d’ailleurs sourire devant les nombreuses références à des œuvres connues, comme L’Attaque des Géants ou Your Lie in May. Attention néanmoins à bien organiser ces moments de détente : chaque action effectuée le soir consomme de l’énergie et influe sur la quantité récupérée pendant la nuit.

Il faut donc équilibrer le travail à la boulangerie, les activités parisiennes et les moments passés à la maison. Cette organisation permet à Lunne de poursuivre son aventure dans de bonnes conditions. Le quotidien accompagne aussi sa progression, grâce au seul arbre de compétences unique : le Palais du cœur. Celui-ci comporte trois branches, dont les améliorations se débloquent progressivement. Elles dépendent des livres lus, des activités réalisées et des regrets traités pendant les services. La progression de Lunne dépend ainsi directement de nos choix quotidiens, entre travail, loisirs et aide apportée aux habitants de Paris.
Au cœur des émotions
The Witch’s Bakery met en valeur son univers grâce au Palais du cœur. Cette mécanique permet à Lunne d’aider les habitants en explorant leurs émotions. Elle prend la forme de petites énigmes, présentes à la boulangerie ou dans les regrets de certains personnages principaux. Malheureusement, les labyrinthes rencontrés à la boulangerie deviennent rapidement répétitifs. Les solutions restent toujours les mêmes et n’apportent plus vraiment de nouveauté après quelques heures de jeu. Les séquences consacrées aux regrets des personnages principaux sont, quant à elles, une tout autre histoire.
Lunne se retrouve alors plongée au cœur des émotions de ces derniers, dans des environnements où la direction artistique prend une toute autre dimension. Tout bouge, tout est vivant. Dès les premiers instants, on ressent l’émotion qui ronge le personnage de l’intérieur. Les tons bleutés évoquent la tristesse, le violet traduit la peur et le rouge exprime la colère. Malgré son esthétique en 2D, le jeu n’a jamais semblé aussi vivant que durant ces séquences. La musique accompagne parfaitement chaque situation. Le dessin à la main prend également tout son sens. Chaque décor regorge de détails soigneusement travaillés. Ils nous aident à mieux comprendre le passé et les blessures du personnage.


Au fil de l’exploration, Lunne découvre des fragments de souvenirs. Elle cherche à comprendre comment la personne en est arrivée là. Ensemble, la jeune sorcière et le personnage apprennent à mieux se connaître. Ils parviennent surtout à mieux comprendre leurs émotions. L’objectif n’est donc pas d’éradiquer un monstre, mais de trouver l’origine de cette souffrance. Une fois celle-ci identifiée, une adorable créature peut être déposée dans son berceau. Elle quitte ensuite le Palais du cœur pour offrir une douceur à la personne concernée. Elle espère ainsi l’aider à aller de l’avant. Mais tout n’est pas si simple… La conclusion de l’aventure réserve encore quelques surprises, même si l’on aurait volontiers prolongé cette expérience.
Tout n’est cependant pas parfait du côté des énigmes. Si certaines se résolvent avec une facilité déconcertante, d’autres demandent de s’y reprendre à plusieurs fois. Entre des timings parfois très serrés et des mécanismes plus complexes, la difficulté manque parfois de régularité. Il faudra donc s’armer de patience pour venir à bout de certaines séquences, au risque de voir le rythme de l’aventure quelque peu ralenti.
Des relations humaines et contemporaines
Comment parler de The Witch’s Bakery sans évoquer les liens entre les différents personnages et les dialogues qui rythment l’aventure ? Le jeu met un point d’honneur à aborder des sujets complexes avec beaucoup de bienveillance. Cela se ressent dans les dialogues à choix multiples, mais aussi dans l’écriture inclusive et la représentation des personnages. Cette attention concerne aussi bien les protagonistes que les PNJ. Le titre propose ainsi un univers ouvert, où chacun peut trouver sa place. Les différences ne deviennent jamais un motif de discrimination.
Une approche appréciable, qui renforce le sentiment de douceur dégagé par l’ensemble de l’aventure. On regrette toutefois l’absence d’options permettant d’accélérer les dialogues ou de les passer plus facilement. Certaines conversations s’étirent en longueur et peuvent finir par ralentir le rythme de l’aventure, malgré l’intérêt des sujets abordés.
Autre possibilité offerte au joueur : la romance. Il est possible de développer une relation amoureuse avec certains personnages ou de privilégier une relation amicale. Un ajout sympathique, qui permet d’approfondir les liens de Lunne avec son entourage. Nous avons néanmoins trouvé que la voie amoureuse manquait parfois de naturel, donnant par moments l’impression d’être un peu forcée au fil de l’histoire. Cela n’empêche pas ces instants de tendresse d’apporter un peu de bonheur à Lunne et à ses proches. D’autant que les relations ne sont pas uniquement là pour enrichir le récit : elles contribuent également à la progression du Palais du cœur. Autant joindre l’utile à l’agréable !
Verdict
Avec son univers cosy et ses mécaniques accessibles, The Witch’s Bakery s’adresse avant tout aux amateurs d’aventures narratives, plutôt qu’aux passionnés de gestion. Malgré quelques bugs, des énigmes parfois trop complexes et des romances forcées, le jeu parvient à nous embarquer dans une histoire touchante, portée par une direction artistique colorée et des personnages attachants. Ses mécaniques parfois répétitives n’entachent finalement pas le plaisir de découvrir l’univers de Lunne et les émotions qui l’accompagnent. Une aventure pleine de douceur qui se savoure idéalement avec un pain au chocolat et un chocolat chaud !
Points forts
- Personnages bien écrits et uniques
- Une histoire touchante
- Des sujets matures finement écrits
- Une direction artistique qui met en valeur Paris
- Gameplay variable et bien rythmé
- Une représentation de la diversité bien pensée
- Une bande son bien agréable
Points faibles
- La gestion de la boulangerie trop simpliste
- Quelques bugs qui peuvent bloquer toute progression dans le jeu
- Pas de paramètres pour accélérer les dialogues ou skip
- Une fin qui aurait pu être améliorée
- Un forçage des relations amoureuses un peu trop poussé à notre goût