Au panthéon des licences cultes du JRPG, on pense souvent à Final Fantasy ou encore Dragon Quest, les deux faisant partie de l’écurie de Square Enix. L’éditeur peut se targuer d’être un expert en la matière, puisqu’il accumule les titres du genre. Mais dans le tas, se cache une franchise qui a été plus discrète en Occident, mais qui a préparé son retour il y a quelques années. Vous l’aurez compris, il s’agit de Romancing SaGa, une série de jeux qui a vu le jour sur Super Nintendo mais qui, à l’époque, n’a pas bénéficié de localisation française. Après avoir remasterisé le remake du premier opus, sorti à l’époque sur PS2, et le deuxième volet en 2024, l’éditeur prépare Romancing SaGa 3: Destinies United, que nous avons pu essayer dans ses locaux, le temps d’une session d’environ 45 minutes.
Preview réalisée sur PS5 dans les locaux de l’éditeur
Une SaGa culte, encore méconnue
Pour le commun des mortels, la franchise SaGa est relativement inconnue. Il faut dire qu’elle n’a fait son incursion chez nous que très tardivement : alors que la série s’était déjà payée une trilogie sur Game Boy (avec les Final Fantasy Legend) et sur Super Nintendo (avec les Romancing SaGa donc), ce n’est qu’en 2000, avec SaGa Frontier 2, que les amateurs de RPG de nos vertes contrées découvrirent cette série pour le moins atypique. Pourtant, si l’on exclut les spin-offs sortis sur navigateurs et mobile, ainsi que les remakes, on compte pas moins de 11 jeux originaux SaGa.
Il était donc temps pour Square Enix d’offrir à la franchise une exposition à la hauteur de sa renommée au Japon, ce qui se traduit notamment par un remaster du remake du premier Romancing SaGa (Romancing SaGa: Minstrel Song – Remastered), puis des remakes du deuxième et du troisième opus. C’est ce dernier qui nous intéresse aujourd’hui, puisqu’il fut annoncé par Square Enix le 9 septembre dernier, au cours d’un Nintendo Direct, pour une sortie le 16 février prochain.
Il convient avant tout de noter que les Romancing SaGa suivent le même schéma que les jeux Final Fantasy ou Dragon Quest : chaque aventure se suffit à elle-même, et il n’est nullement nécessaire d’avoir fait les précédents opus pour pouvoir se jeter à corps perdu dedans. Ainsi, même s’il vous reste assez de temps pour terminer Minstrel Song – Remastered et Revenge of the Seven d’ici là (comptez 25 à 30 heures pour le premier et 35 à 40 heures pour le second), vous pourrez totalement découvrir la franchise avec ce remake. D’autant que, selon certains, il s’agirait du meilleur de la trilogie.

De notre côté, cette première prise en main, bien que courte pour l’approche d’un JRPG, fut principalement l’occasion d’approcher le gameplay. Ça tombe plutôt bien, c’est principalement pour cet aspect que la série est reconnue. La démo à laquelle nous avons pu jouer était intégralement traduite en français, un point appréciable pour un jeu actuellement en développement, d’autant qu’il s’agit de la build proposée aux visiteurs du Tokyo Game Show. Une démo découpée en deux parties donc : un premier segment qui semblait se dérouler relativement tôt dans l’aventure, tandis que le deuxième nous a permis de contrôler une équipe complètement différente et d’affronter un boss de fin de donjon.
Pour autant, l’exploration n’a pas vraiment été de la partie : le jeu est relativement clair dans ses instructions et propose une carte qui ne laisse que peu de place à l’hésitation, pour peu que l’on choisisse de bien faire apparaître les marqueurs de mission dans les options. Essayer des jeux dans ce genre de contexte n’est pas vraiment l’occasion de se permettre des excentricités, alors nous avons joué avec ces paramètres activés, le tout en mode normal.
C’est l’une des nouveautés par rapport à Romancing SaGa tel qu’il fut sorti sur Super Nintendo, et qui renvoie aux améliorations du remake du deuxième épisode : 3 modes de difficulté sont présents (Facile, Normal et Difficile). Le mode Difficile étant la difficulté par défaut des jeux tels qu’ils sont sortis à l’époque. On imagine bien les puristes opter pour la difficulté la plus élevée, dans la mesure où les Romancing SaGa sont réputés pour être des jeux relativement exigeants.

Ma SaGa sûre
Romancing SaGa 3: Destinies United offre un gameplay basique sur la forme, avec des affrontements au tour par tour qui permettent des attaques simples, des attaques spéciales coûtant des points de magie, ici appelés PB, ainsi que des sorts et des actions de défense. Rien de nouveau sous le soleil, mais en grattant la surface, on découvre que le titre empile les systèmes, à commencer par les faiblesses des ennemis à exploiter, le positionnement de nos personnages ainsi que celui des ennemis qui aura un impact sur la stratégie à adopter, ou encore le concept d’inspiration.
Lorsque l’on sélectionne une action, une icône d’ampoule peut se trouver à côté de l’une ou plusieurs d’entre elles. En fonction de l’intensité de cette dernière, cela signifiera que le personnage en question aura plus ou moins de chance, via un éclair de génie, d’acquérir une nouvelle compétence qu’il utilisera sur le champ. La dimension aléatoire de cette fonctionnalité est à prendre en compte, mais est franchement intéressante, dans la mesure où elle vient rajouter une couche de stratégie : vaut-il mieux miser sur des capacités qui exploitent la faiblesse de l’ennemi ou favoriser l’apprentissage potentiel de nouvelles attaques ou sorts, qui eux-mêmes pourraient nous sortir d’une situation délicate ?
L’autre système intéressant réside dans la jauge de combo, qui, une fois pleine, permet de lancer une attaque multiple aux dégâts boostés. Il faudrait également citer la façon dont l’expérience se répartit, puisque Romancing SaGa est une licence qui ne fait rien comme les autres RPG. En effet, ici pas de jauge d’XP dédiée : certaines caractéristiques possèdent chacune leur jauge, ce qui propose une progression moins linéaire qu’à l’accoutumée. Sans forcément renouveler la formule du JRPG, l’approche est intéressante.

C’est d’ailleurs l’une des grandes forces de la saga que de proposer une histoire en retrait afin de laisser le joueur aborder l’aventure comme il le sent. Malheureusement, nous n’avons pas pu expérimenter cet aspect, et il faudra sans doute attendre la sortie du jeu complet pour en parler plus en détail. Néanmoins, cette approche unique devrait sans doute séduire les joueurs un peu lassés par les histoires très dirigistes de certains JRPG. Ici, le jeu ne nous prend pas par la main, et le mode de difficulté le plus élevé ainsi que la possibilité de se passer de certains marqueurs et autres assistances le prouvent.
Romancing SaGa 3: Destinies United semble donc se positionner comme un titre de choix pour les joueurs qui souhaiteraient mettre un pied à l’étrier dans une franchise qui est longtemps restée dans l’ombre dans nos vertes contrées. D’autant que ce nouveau remake permet au troisième opus de passer de la 2D toute en pixel à une 3D colorée qui fonctionne plutôt bien. Le chara-design semble maîtrisé, de ce que l’on en a vu, et si les textures peuvent sembler un peu datées, il faut se rappeler que la licence est loin d’égaler les mastodontes du genre. Les effets visuels lors des combats permettent d’enjoliver l’action et de rendre l’ensemble plutôt satisfaisant, surtout lors des attaques enchaînées.
De là à dire que Romancing SaGa 3: Destinies United pourrait devenir un incontournable pour les amateurs du genre, il n’y a qu’un pas que l’on s’abstiendra de franchir. Cependant, il nous semble être assez équilibré concernant le gameplay pour offrir des sensations de jeu plaisantes, que l’on soit nouveau venu ou fin amateur de la franchise. Reste que l’on est curieux d’en voir plus, car le titre semble avoir une dimension stratégique très appuyée, poussant le joueur à passer du temps dans les menus et à peaufiner son équipe.
Verdict
En dépit d’une première approche principalement centrée sur le gameplay, et finalement assez courte pour un titre du genre, Romancing SaGa 3: Destinies United semble partir sur des bases solides pour conquérir les non-initiés de la franchise tout comme les habitués. On apprécie que Square Enix travaille une fois de plus à renouveler l’une de ses franchises phares, d’autant qu’il suffit de parler avec des passionnés de JRPG pour vite comprendre que si les Romancing SaGa ne sont pas faits pour tout le monde, leur caractère unique en fait une trilogie unique qu’il serait dommage de ne pas essayer.