Dès le premier regard, Psycho-Sleuth intrigue les amateurs de visual novels. Un trailer aussi énigmatique que ceux d’autres références du genre, comme Danganronpa ou Apollo Justice, une ambiance de tribunal qui en fera sourire plus d’un, mais aussi des séquences dignes d’un anime japonais. Plusieurs genres se mêlent ainsi pour donner naissance à une seule et même expérience : Psycho-Sleuth. Le mélange est audacieux et intrigant. Le jeu souhaite se démarquer de ses prédécesseurs, tout en s’inspirant de leurs réussites. Cependant, s’agit-il d’une pâle copie ou d’un titre capable de trouver sa propre identité ? Allons-nous découvrir une histoire purement narrative ou aurons-nous réellement l’occasion d’interagir avec cet univers complexe ? Après avoir passé notre temps aux côtés de Lyle et Lena, voici notre verdict.
Testé sur PC grâce à une version numérique envoyée par l’éditeur
Une histoire qui ne manque pas de mystères
Digne d’un visual novel de qualité, l’histoire constitue l’un des éléments essentiels de l’expérience. Et Psycho-Sleuth ne déçoit pas sur ce point. Le récit prend place dans une époque contemporaine à la nôtre. Les téléphones portables, les ordinateurs et les nouvelles technologies font partie du quotidien. Pourtant, les ressources restent limitées. C’est dans ce contexte qu’un groupe religieux, la Logic Church, proclame avoir découvert une nouvelle source d’énergie illimitée. Celle-ci serait gratuite et totalement propre, sans aucun rejet à la surface de la Terre. Une telle découverte suscite rapidement les convoitises. Tout le monde souhaite profiter de cette énergie. La Logic Church gagne alors en influence et multiplie les tours fonctionnant grâce à cette mystérieuse ressource. Personne ne semble pourtant remettre en question ses origines.
Mais certains événements viennent peu à peu troubler cette apparente tranquillité. La Logic Church interdit à quiconque de découvrir la véritable nature de cette énergie. Des rumeurs racontent même qu’un pays entier aurait été éradiqué après avoir tenté de percer ce secret. Dans le même temps, des personnes souffrant de troubles cognitifs rencontrent des difficultés grandissantes dans leur vie quotidienne. Leurs troubles prennent des formes toujours plus intenses, voire dangereuses. Ces personnes ayant ces troubles s’appellent des Pathosync user. Une petite fille, incapable de mentir, risque désormais de tomber gravement malade au moindre mensonge. Ces phénomènes étranges bouleversent leur existence et donnent naissance à des objectifs qui leur sont propres. La Logic Church compte justement exploiter ces aspirations pour les pousser à participer à un rituel macabre.

Treize personnes prennent ainsi part à ce que la Logic Church appelle la Selection Process. L’objectif est de créer le God of Logic, une divinité toute-puissante destinée à régner sur le monde entier. Mais pourquoi ces treize personnes accepteraient-elles de participer à une telle épreuve ? La réponse est simple : la Logic Church leur promet d’exaucer leur vœu le plus cher. Pour chacune d’entre elles, ce souhait représente bien plus qu’une simple récompense. Il s’agit d’un désir qui les accompagne depuis leur plus tendre enfance. Une motivation suffisamment forte pour accepter de risquer leur vie.
Le rituel repose sur une règle particulièrement cruelle : les participants doivent prendre part à une partie de loup-garou tout ce qu’il y a de plus classique. À une différence près : le loup-garou doit commettre un véritable meurtre sans se faire démasquer. La personne qui réussira l’épreuve pourra accéder au statut de dieu et obtenir le souhait de son choix. Les douze autres n’auront pas cette chance et trouveront la mort, malgré le fait qu’ils soient tous des Pathosync user. Un petit air de déjà-vu…
Dans cette histoire, nous incarnons Lyle, l’un des treize participants, accompagné de sa sœur Lena. Pour survivre, il devra apprendre à maîtriser sa capacité de World Fabrication. Celle-ci lui permet de matérialiser tout ce qu’il comprend, sans pour autant enfreindre les lois de la physique. Il devra également résoudre des meurtres et tout faire pour atteindre son objectif. Psycho-Sleuth alterne ainsi entre des phases narratives classiques, des séquences d’enquête et des procès à l’ambiance particulièrement morbide. L’aventure se divise en cinq grands chapitres. Chacun alterne entre une première phase consacrée à la vie des participants et aux enquêtes, puis une seconde dédiée au tribunal. Il faut compter une vingtaine d’heures pour parcourir l’intégralité du jeu. Deux modes de jeux sont proposés : Storymode pour les nouveaux et le Detective Mode que nous avons pris, adaptés aux habitués du genre et la difficulté recommandée par le studio.

Quand les souhaits révèlent la nature humaine
Maintenant que le décor est posé, intéressons-nous au cœur même de Psycho-Sleuth : son histoire et l’intérêt qu’elle suscite chez le joueur. Comme tout visual novel qui se respecte, le titre s’adresse à un public plutôt de niche. Les développeurs le savent : le genre peut en rebuter plus d’un, malgré une histoire attrayante. Il faut proposer un récit marquant, complexe, mais suffisamment accessible pour séduire même les moins habitués. Et sur ce point, Psycho-Sleuth maîtrise parfaitement son sujet. Malgré des fonctionnalités classiques comme les logs de conversation et la vitesse de lecture, l’intrigue prend le temps de dévoiler sa complexité et monte progressivement en puissance au fil de la vingtaine d’heures de jeu. Les différents termes sont suffisamment bien expliqués pour ne perdre personne, malgré une version uniquement disponible en anglais. L’aventure commence par une volonté assez simple : réaliser le rêve de Lyle. Elle nous entraîne ensuite vers des thématiques toujours plus complexes, profondes et surtout humaines.
Lyle et sa sœur Lena font partie de ces treize participants, tous aussi complexes les uns que les autres. Chacun possède sa propre histoire, ses désirs et ses rêves à accomplir. Tous semblent prêts à tout pour obtenir ce qu’ils souhaitent. Le jeu pose alors régulièrement une question au joueur : jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour réaliser votre vœu ? Jusqu’à accepter la mort d’une autre personne ? Jusqu’à renoncer à vos propres principes ? Finalement, quelle est la chose qui compte réellement à vos yeux ?
Psycho-Sleuth s’appuie sur des thèmes forts et donne à chaque personnage une véritable profondeur. Leur passé semble parfois définir leur personnalité, mais les événements du présent viennent bouleverser leurs convictions. Certains changent ainsi profondément au contact des autres et révèlent une humanité insoupçonnée. L’équilibre entre le bien et le mal devient alors particulièrement fragile. Dans un espace clos où les meurtres sont autorisés pour accéder au statut de dieu, où se situe réellement la limite ?

Le jeu nous a ainsi emportés du début à la fin. Les retournements de situation se multiplient au fil de l’aventure, tandis que l’humanité des personnages nous a parfois poussés à mettre le jeu en pause pour reprendre nos esprits. La bande-son participe également à cette immersion. Chaque morceau accompagne avec justesse les scènes et les émotions qu’elles cherchent à transmettre. Les voix japonaises des personnages, qui ne peuvent malheureusement pas être modifiées, contribuent elles aussi à la mise en scène. Elles ne sont pas omniprésentes, mais interviennent aux moments opportuns. Elles renforcent la tension lors des scènes cruciales et apportent davantage de légèreté aux passages plus conviviaux. L’ensemble donne ainsi beaucoup de relief aux différentes situations et renforce l’immersion dans cette aventure narrative.
Une direction artistique soignée, mais un gameplay perfectible
Ne vous attendez cependant pas à un visual novel aussi classique qu’Emio – L’Homme au sourire : Famicom Detective Club, où le gameplay se résume principalement à lire et suivre un scénario linéaire. Psycho-Sleuth propose une expérience visuelle plus vivante, grâce à ses animations en Live2D. Les illustrations restent fixes, mais les personnages semblent respirer. Les cheveux bougent, les expressions changent et les protagonistes prennent vie à l’écran. On se sent ainsi davantage impliqué aux côtés des treize participants. Les images sont nettes et les décors soigneusement travaillés.
On regrettera toutefois le rendu visuel de certains troubles cognitifs, comme Limb Severance ou Left Deletion, qui ne sont pas toujours très élégants à l’écran. Dans l’ensemble, l’œuvre reste agréable à regarder, malgré quelques scènes particulièrement gores. Une option permet d’ailleurs d’atténuer leur représentation. Les développeurs ont donc pensé aux joueurs les plus sensibles, sans pour autant sacrifier la vision originale de cette expérience macabre.

Du côté du gameplay, Psycho-Sleuth se rapproche davantage de Danganronpa que d’un visual novel traditionnel. Chaque chapitre commence par l’attribution d’un rôle, à la manière d’une partie de loup-garou. On retrouve notamment les villageois et le loup-garou, mais aussi de nouveaux rôles au fil de l’aventure : le héros, le joker, la voyante ou encore le médecin. Ces changements apportent quelques variations et permettent de renouveler l’expérience d’un chapitre à l’autre.
Le déroulement reste toutefois assez similaire. Chaque chapitre débute par une phase de vie quotidienne, ponctuée de dialogues et de moments conviviaux. La tension est alors à son minimum et l’on espère simplement voir les participants profiter de ces instants de répit. Mais le meurtre finit inévitablement par arriver. Une phase d’enquête commence alors, durant laquelle le joueur doit inspecter les différents éléments de la scène. Malheureusement, l’interactivité reste très limitée. Il suffit de cliquer sur les bulles et les éléments disponibles pour les ajouter à notre inventaire d’indices. On peut aussi se déplacer de gauche à droite, de haut en bas, sans jamais se retourner ou changer de pièce. Tout reste donc très intuitif clavier et souris en main. Une fois toutes les informations découvertes, l’histoire reprend automatiquement. Nous aurions apprécié davantage de liberté dans ces séquences, qui ressemblent parfois davantage à une lecture interactive qu’à une véritable enquête. Un menu permet de consigner tout ça que ce soit les informations sur les personnages, les troubles rencontrés ou les différents indices récoltés.
Les choses deviennent plus intéressantes lors des phases de tribunal. Lyle échange avec les participants encore en vie et doit confronter leurs déclarations aux indices récoltés. Certaines séquences de confrontation demandent ainsi de présenter le bon élément face à une affirmation contradictoire. Le système reste toutefois assez simplifié, puisque jusqu’à trois indices sont proposés à chaque confrontation. Un système de points de vie vient également ajouter un peu de pression. Chaque mauvaise réponse fait perdre de la santé à Lyle. Si sa jauge atteint zéro, c’est le game over et il faut reprendre depuis la dernière sauvegarde. Nous regrettons ce choix assez archaïque, qui aurait pu être remplacé par une exécution, bien plus cohérente avec l’univers du jeu.

Les tribunaux réservent malgré tout quelques variations. Il faut parfois mettre en évidence certains éléments de la scène de crime pour démontrer une contradiction. Une fois le responsable acculé, le joueur doit également réaliser un Case Summary. L’objectif consiste à reconstituer le déroulement du meurtre en reliant les différents éléments dans un temps imparti. L’idée est intéressante, mais son exécution manque de précision. À plusieurs reprises, nous avons rencontré des difficultés avec les commandes, alors même que nous avions parfaitement compris les événements. Une note est ensuite attribuée en fonction des points de vie restants à Lyle.

Et ensuite ? Psycho-Sleuth nous surprend avec une exécution appelée Purification. Présentée sous la forme d’une séquence animée dans un style anime, elle varie selon le trouble cognitif du meurtrier. Un clin d’œil appréciable, aussi dérangeant que répugnant, qui renforce le caractère macabre de l’aventure. Le jeu propose également plusieurs fins, qui dépendent de nos choix au moment de désigner le coupable. Une façon bienvenue d’ajouter un peu de rejouabilité à l’ensemble.
Malgré ces quelques idées, les phases de confrontation restent trop simples à notre goût. Il nous est parfois arrivé de présenter le même indice à plusieurs reprises, jusqu’à trouver la bonne réponse. Le joueur finit alors par enchaîner les tentatives sans véritablement réfléchir, d’autant qu’aucun système ne permet de récupérer les points de vie perdus. Les chapitres s’enchaînent néanmoins avec un bon rythme, puisqu’il faut compter environ une heure et demie pour terminer chaque partie dans un chapitre. Les derniers regorgent de rebondissements et nous font passer par toutes les émotions. Le dégoût côtoie alors l’attachement que nous avons fini par développer pour cette bande. Les thèmes de la famille, de l’amour de soi et de celui que l’on porte aux autres prennent progressivement toute leur ampleur. Une fois l’aventure terminée, une question demeure : avons-nous réellement fait les bons choix ? Et surtout, sommes-nous de bonnes personnes dans ce monde ?
Verdict
Psycho-Sleuth est une très bonne découverte pour cette fin d’année. Aussi inattendu que réussi, le titre nous tient en haleine tout au long de son récit, avec une intrigue qui monte progressivement en puissance jusqu’à son dénouement. Autant les néophytes que les habitués du genre, on regrettera toutefois sa forte ressemblance avec les grandes références du visual novel. Mais sa volonté de mettre en lumière les troubles cognitifs de ses personnages et d’aborder les notions de bien et de mal lui permet de se démarquer. Attention toutefois : les Purifications et certaines scènes gores réservent le jeu à un public averti. Quelques défauts techniques viennent également ternir l’expérience, notamment la musique absente du menu, des textes qui dépassent de la zone d’affichage et des temps de chargement assez longs entre les sauvegardes. Malgré ces quelques imperfections, Psycho-Sleuth reste une aventure que nous recommandons de découvrir. Mais faites attention à vos souhaits les plus chers… Jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour les réaliser ? Tuer ou être tué. Telle est la question.
Points forts
- Un scénario qui tient en haleine tout du long
- Une bonne alternance entre chapitre classique et tribunal
- Une durée de vie raisonnable pour un visual novel
- Une fin bien amenée
- Quelques fins différentes
- Phase de tribunal suffisamment compréhensive aux niveaux des erreurs
- Une DA agréable visuellement
- Une musique pile ce qu'il faut
Points faibles
- Aucune traduction française
- Textes qui sortent de la zone d'affichage
- Temps de chargement long entre les sauvegardes
- Menu sans musique
- La défaite pendant les phases de tribunal qui amènent juste à une sauvegarde antérieure sans aucune animation ou Purification
- Manque d'accessibilité sur les options (uniquement la vitesse de lecture et rien d'autre)
- Transition entre les différents gros chapitres un peu abrupte