Au palmarès des franchises qui ont su perdurer dans le temps sans passer par la sacro-sainte case du reboot, on peut dire qu’Ace Combat s’en sort plutôt bien. Depuis ses débuts en 1993 en arcade, puis sur PlayStation, la licence de Bandai Namco met en scène des batailles aériennes sur fond de conflits géopolitiques. Après un septième opus qui a conquis la critique comme les fans, l’équipe de Project Aces, sous la houlette de Kazutoki Kono et Manabu Shimomoto, reprend les commandes pour un épisode qui se veut plus cinématographique et plus abouti encore, notamment sur son volet multijoueur. Un plan de vol ambitieux, qui laisse augurer un voyage tumultueux et nerveux. Mais à force de lorgner du côté d’Hollywood, Ace Combat ne risque-t-il pas de troquer le manche contre la caméra ?
Test réalisé sur PS5 Pro à l’aide d’une version fournie par l’éditeur
Le baptême de l’air
S’il fallait ouvrir ce test par une confidence, ce serait sans doute celle-ci : il y a encore six mois, je n’avais jamais posé les mains sur un Ace Combat. Pire encore, la licence me semblait affreusement opaque. Du peu que j’en avais vu, j’imaginais quelque chose de très axé simulation, avec une courbe d’apprentissage ardue et un onboarding inexistant pour les nouveaux venus. Autant dire que cette fausse croyance m’a bien aidé à me tenir loin de ces jeux.
Pourtant, le septième opus fut un véritable succès critique et commercial, avec plus de 7 millions d’exemplaires vendus. On est donc loin du jeu de niche réservé aux ultra nerds du genre. C’est avec un regard curieux, mais non sans une pointe d’appréhension, que nous avons pris le jeu en main lors d’une première session de preview au mois de mai. Celle-ci fut une excellente surprise de bout en bout, qui nous a donné l’envie de retrouver un cockpit virtuel pour continuer à virevolter dans les airs en compagnie de l’escadron Joker.
Ce qu’il faut savoir, si vous non plus ne connaissez pas la série, c’est avant tout qu’en dépit de la numérotation des épisodes, certains opus ont fait le pari de s’éloigner de l’univers de fiction créé spécialement pour la franchise à partir du deuxième épisode. Comme toute bonne saga, elle s’est même essayée au jeu mobile et au free-to-play, mais sans succès notable. On ne vous refera pas toute la chronologie, mais grosso modo, sachez que l’intrigue de la majorité des opus se situe dans Strangereal, un univers parallèle théâtre d’affrontements aériens et de batailles géopolitiques qui se règlent à grands coups de missiles. Un univers fictif, certes, mais qui n’est pas sans s’inspirer de conflits réels.
En dépit de son aspect très réaliste, tant dans son approche visuelle que dans sa façon de dépeindre les affrontements, Ace Combat est finalement une série bien plus arcade que simulation. Un bon point pour quiconque souhaiterait la découvrir et sauter le pas. Et ce huitième opus semble tout indiqué aux novices pour s’envoyer en l’air aux côtés de nos trois camarades de l’escadron Joker.

L’as des combats aériens
En parlant d’escadron, le jeu s’ouvre assez radicalement sur notre protagoniste, repêché en pleine mer par l’équipage du porte-avions CV-15 Endurance. Une bonne action sur le papier, mais rien n’est gratuit et, en temps de guerre, toute aide est bonne à prendre : il embarquera donc en tant qu’assistant du célèbre pilote Jan « Rex » Cope, également surnommé Wings of Theve, le sauveur de Theve. Une image largement médiatisée par les partenaires de la Fédération d’Usea centrale.
Celui que l’on fait passer pour un héros ne serait finalement qu’un simulacre, de son propre aveu. Et si l’on en croit le temps que l’on passe à ses côtés, c’est effectivement le cas. Dès notre première balade avec Rex, notre avion est abattu en plein vol, mettant un terme à ce duo de choc. Enfin, ça, c’est sur le papier. Dans les faits, l’esprit de Rex va habiter le corps de notre protagoniste, lui offrant le privilège d’entendre ses pensées, sans toutefois pouvoir interagir avec lui.
Sans aller jusqu’à parler d’un second niveau de lecture de l’histoire, l’idée est assez intéressante dans la façon dont elle est exploitée, et elle ne tire pas vers le surnaturel à outrance. De la même manière, le héros défunt se contente d’interventions relativement mesurées, ce qui évite d’être distrait par des tirades dispensables. Une bonne chose en soi, car Ace Combat 8: Wings of Theve demande une certaine concentration, tant pour suivre ses enjeux dans les cinématiques que durant les affrontements.

Pour replacer un peu de contexte, cet épisode se déroule donc dans l’univers fictif de Strangereal, environ dix ans après les événements d’Ace Combat 7. La Fédération d’Usea centrale (également appelée FCU, pour Federation of Central Usea) est tombée sous les assauts de la République de Sotoa, qui a envahi la majeure partie de son territoire. Heureusement, la Fédération peut encore compter sur les escadrons Queen et Joker de l’Endurance.
C’est dans ce contexte de tensions omniprésentes que l’on évolue au fur et à mesure des 30 missions que compte la campagne. Si les premières s’avèrent assez basiques, les objectifs se diversifient au fil des chapitres, avec des missions d’escorte ou encore d’attaque au sol. Rien de révolutionnaire pour la franchise, mais c’est un rythme qui permet de ne pas s’ennuyer et d’éviter de trop tomber dans la répétition.
Ceci étant dit, pour l’avoir joué à deux reprises, l’onboarding du jeu nous semble assez curieux. C’est un tunnel d’une quinzaine de minutes de cinématiques, avec quelques touches à presser de temps à autre pour rappeler au joueur qu’il s’agit bien d’un jeu. On pourrait presque se croire dans un film intéractif pour le coup. Heureusement, passez ce début un peu monotone et qui nous abreuve d’informations, on en vient vite à prendre son envol.
Notons tout de même que les premières missions nous ont semblé être un poil bavardes. Sans doute, est-ce l’occasion pour le studio de nous montrer qu’il a fait le nécessaire pour accentuer la mise en scène et l’aspect cinématographique, moins présent dans les précédent opus. On ne pourra donc pas lui reprocher d’être avare en cinématiques. Une fois ce cap passé, vers les missions 6 à 7, il le rythme et la narration nous ont semblé moins écrasants et plus fluides.

Si Top Gun avait été un jeu vidéo
Autant dire qu’avec une trentaine de missions étalées sur environ 15 heures de jeu, vous allez en vivre, des situations explosives. Mais pour cela, encore faut-il parvenir à maîtriser les dizaines d’aéronefs présents dans le jeu. Fort heureusement, Project Aces a pensé à tout en proposant des commandes simplifiées qui siéront à merveille aux nouveaux venus. Ce système évite les roulis lorsque l’on incline le joystick gauche. S’il limite forcément les manœuvres possibles, il évite aussi de se retrouver la tête à l’envers sans savoir comment reprendre sa position.
Une bonne idée pour commencer et apprendre les commandes de base. Toutefois, c’est avec les commandes Expert que l’on commence réellement à s’amuser et à prendre conscience de toutes les possibilités offertes. À partir de là, Ace Combat 8: Wings of Theve prend la forme d’un véritable ballet aérien, où les figures s’enchaînent entre les explosions à tout-va. Un grand spectacle comme l’on a rarement l’occasion d’en voir, qui rend l’expérience d’autant plus unique.
À bien des égards, Ace Combat 8 vous fera penser aux blockbusters américains du genre, à commencer par Top Gun et Top Gun: Maverick. Ce n’est pas pour rien que les deux franchises se sont réunies le temps d’un DLC sorti il y a quelques années sur le précédent épisode. Cet héritage du cinéma se retrouve notamment dans la réalisation, avec des moments où un QTE permet de braquer la caméra sur un temps fort de la mission, qu’il s’agisse d’un objectif rasé avec succès ou d’un allié en difficulté.
Avec tout cela, l’action ne nous laisse guère de répit, ce qui a d’ailleurs tendance à rendre les dialogues difficiles à suivre durant les missions, tant il faut garder un œil sur ses cibles, sur son compteur de missiles et d’armes spéciales, mais aussi sur les tirs qui nous arrivent dessus. L’ATH du jeu est plutôt bien pensé : il est lisible et n’empiète pas trop sur la visibilité générale, ce qui permet d’obtenir les informations utiles en un instant. Toujours est-il que des doublages français auraient été les bienvenus pour renforcer l’immersion. Nous nous sommes donc rabattus sur les doublages japonais qui, étonnamment, ne surjouent pas et collent tout à fait à l’ambiance du jeu.

Si l’on commence l’aventure avec un appareil peu équipé, avancer dans les missions de la campagne donne vite accès à l’arbre de recherche. Celui-ci permet de débloquer de nouveaux avions, de nouvelles pièces d’équipement ainsi que de nouvelles armes spéciales, contre des PAM obtenus en fonction de nos performances en mission. Les possibilités de personnalisation ne sont pas énormes, mais elles servent surtout ici à s’équiper au mieux pour faire face aux différents types de missions : chaque avion possède ses caractéristiques, et lui adjoindre certaines pièces permet de combler ses lacunes ou de maximiser ses forces.
Débloquer les bons avions sera également crucial pour choisir ce que piloteront nos compagnons. Le jeu propose toutefois de choisir la formation la plus adéquate pour remplir les objectifs à venir, mais rien n’empêche de partir dans une direction opposée et de décider soi-même qui pilotera quoi. Et puisque l’on n’est jamais seul dans les airs, il est également possible de donner des ordres à son escouade, que ce soit pour concentrer ses attaques sur une cible, lancer une attaque dispersée, utiliser ses armes spéciales ou nous couvrir.
La tête dans les nuages
Et sur le plan technique alors ? Pour soutenir une action aussi frénétique, il faut forcément maîtriser ce qu’il y a sous le capot. Sur ce nouvel opus, Project Aces est passé à l’Unreal Engine 5, et cela se ressent tant dans les effets de lumière que dans les effets météorologiques. Introduits dans le précédent opus, les nuages volumétriques sont encore mieux gérés ici : ils provoquent de la condensation sur le cockpit et peuvent même le couvrir de givre si l’on s’y attarde trop longtemps. Un geste tentant à plus d’un titre : non seulement les traverser procure des sensations grisantes, mais ils offrent en plus une couverture idéale lorsque l’on est poursuivi par quelques chasseurs adverses.

Tous les avions font preuve d’un souci du détail et d’une minutie assez exemplaires. Un travail d’orfèvre qui témoigne d’une réelle passion de la part des équipes, et d’un amour de leur sujet qui transparaît même au-delà de l’écran. Pour renforcer l’immersion, nous avons préféré jouer en mode Qualité plutôt qu’en mode Performance, afin de bénéficier de l’image la plus aboutie possible. Sacrifier quelques FPS sur l’autel de la qualité visuelle et de la définition nous a semblé être le meilleur compromis pour profiter au mieux des superbes panoramas, une fois de plus mis en valeur par les conditions climatiques.
Côté audio, la saga a toujours bénéficié de bandes-son de qualité. Évidemment, ce huitième opus ne déroge pas à la règle, avec de superbes orchestrations qui viennent souligner le côté épique et dramatique de l’action. Mais le jeu se paie également d’autres belles influences, comme le rock, voire le math rock le temps de quelques missions enivrantes. Les compositions de Keiki Kobayashi, déjà entendu sur Ace Combat 7, mais aussi sur Tekken 6 ou Ace Combat Zero: The Belkan War, offrent une OST variée que l’on a déjà hâte de pouvoir écouter à l’envi.
Pour achever ce test, nous aurions aimé aborder plus en détail le mode multijoueur en ligne, qui intègre quelques nouveautés. Malheureusement, nous avons manqué le seul jour où les serveurs étaient ouverts durant notre période de test. Nous pouvons toutefois vous dire qu’un hub central est de la partie, avec quelques possibilités d’interaction, comme des bornes d’arcade (dont le célèbre Pac-Man).
On pourra y créer son avatar et débloquer des éléments cosmétiques grâce à l’Ace Pass, un passe saisonnier gratuit, complété par deux paliers payants : le Premium Ace Pass et le Premium Ace Pass Plus. Si le mode en ligne permet d’affronter des joueurs du monde entier, il est également l’occasion de jouer des missions en coopération. Avec le cross-plateforme, ce mode devrait offrir assez de contenu pour prolonger le plaisir des affrontements intenses que propose ce nouvel opus.
Verdict
Impressionnant, jubilatoire et enivrant, Ace Combat 8: Wings of Theve est un spectacle de tous les instants dont on se délecte sans en perdre une goutte, grâce à une réalisation léchée et une mise en scène digne des plus gros blockbusters hollywoodiens. Ce qui pourrait presque sonner comme un reproche pour un jeu vient ici souligner de belles qualités, qui donnent à ce nouvel opus les armes pour proposer une campagne explosive, venant creuser un peu plus l’histoire de Strangereal. Plus facile d’accès qu’il n’y paraît, il fait partie de ces jeux sur lesquels on ne peut que vous conseiller de vous jeter si vous désirez vivre une expérience grisante.
Points forts
- Le jeu est bien plus accessible qu'il n'y paraît
- Un véritable ballet aérien
- Une mise en scène et des affrontements spectaculaires, dignes de blockbusters hollywoodiens
- L'idée de l'esprit de Rex qui habite le protagoniste est bien exploitée, sans tomber dans le surnaturel à outrance.
- Les objectifs se diversifient au fil des 30 missions
- L'Unreal Engine 5 sublime les effets de lumière et de météo
- La bande-son de Keiki Kobayashi est excellente
- Le mode multijoueur vient prolonger le plaisir en ligne
Points faibles
- Parfois un peu compliqué, même en mode Pilote (normal)
- Le jeu ne propose pas de doublage français (Du coup, les dialogues sont un peu compliqués à suivre en pleine mission)
- On aurait apprécié un point sur la série et le lore, pour les nouveaux venus
- Dommage que le jeu n'offre pas de réels choix avec des impacts sur le reste de l'histoire