Sony arrête le jeu physique : ce que les chiffres cachent sur les vraies habitudes des joueurs

Suite à l’annonce de Sony d’arrêter la production de jeux vidéo au format physique, de nombreux joueurs redoutent une transformation totale du marché, notamment dans le domaine de l’occasion et sur les questions de propriété du média. Pour beaucoup cependant, le passage au 100 % numérique n’était qu’une question de temps et un résultat évident des pratiques des consommateurs. Selon les chiffres avancés par Sony dans ses dernières déclarations, la vente de jeux numériques écrase sans conteste le marché du physique. Cependant, les choses ne sont pas si simples quand on se penche sur d’autres facteurs économiques, comme les ventes de consoles, les récentes stratégies commerciales, ainsi que le fonctionnement de la production en elle-même. On se rend compte que les joueurs n’ont pas vraiment abandonné les jeux au format physique.

Ce début de mois de juillet 2026 fut donc un jour de grande surprise pour de nombreux acteurs du monde du jeu vidéo. Sony a déclaré publiquement arrêter la production de jeux vidéo au format physique pour se consacrer uniquement à la vente numérique. La raison étant que, a priori, 85 % des jeux vendus actuellement se font au format numérique, mais de nombreuses personnes ne sont pas d’accord avec ce chiffre, qui serait volontairement erroné.

Quand on se penche sur les déclarations de Sony concernant la vente des jeux et son compte rendu regroupant 2024 et 2025, on y lit en effet que le numérique atteint jusqu’à 78 % de ventes dans le monde. De même, les études du SELL montrent que les jeux en format dématérialisé réalisent un bien meilleur chiffre de ventes, avec 556 M€ contre 397 M€ pour l’écosystème console en 2025.

On pourrait donc en conclure que la décision de Sony est pertinente. Si les gens achètent peu de jeux en format physique, pourquoi continuer dans cette voie ? Eh bien, car ces études ne prennent pas en compte certaines habitudes des joueurs et présentent également des biais.

Éclipser le marché du physique au profit du numérique

En effet, il est évident de le rappeler, mais il est normal que le dématérialisé représente une plus grande part de marché que le physique, étant donné qu’un jeu existe en numérique, mais pas forcément en version disque ou cartouche. Mais surtout parce que ces chiffres sont fournis par les ventes que les distributeurs et constructeurs réalisent eux-mêmes, sans prendre en compte le marché de l’occasion. Dire que le marché du numérique est plus important que celui du physique est vrai, mais cela ne prend pas en considération les reventes des jeux entre joueurs ou dans les magasins spécialisés.

De plus, en prenant en compte les ventes de la PlayStation 5, des sources indiquent que la grande majorité ont été vendues avec un lecteur de disque, avec des estimations s’élevant à 90 % des consoles PS5 en France, tandis que le reste du monde avoisinerait les 82 % du parc de consoles de Sony, indiquant ainsi que les joueurs préfèrent le format physique, ou du moins, aiment avoir le choix entre les deux formats. En prenant en compte une autre étude du SELL en 2025 sur le territoire français, 67 % des consommateurs préfèrent se procurer un jeu vidéo en format physique. Les raisons sont nombreuses : le plaisir d’avoir un objet entre les mains, l’ajout à une collection, la revente en occasion, le prêt à un proche, ou encore le fait d’avoir une mauvaise connexion internet. Dans la majorité des pays où le format physique est encore très accessible, comme le Japon ou l’Angleterre, la majorité des consommateurs préfèrent posséder leurs jeux en boîte, avec un disque à l’intérieur. Ce qui n’est pas le cas de nombreux consommateurs, comme en Amérique du nord par exemple, sa plaignant de difficultés à obtenir de nouvelles sorties et du maigre réassort des magasins spécialisés.

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Malgré tout, la France possède parmi les rayons de jeux les plus fournis au monde.

Néanmoins, les tendances économiques privilégient fortement l’achat numérique des médias, en raison de la forte baisse des coûts de production que cela engendre, comme le montre Sony avec sa décision. C’est ce qui se voit avec les récentes stratégies de marché adoptées par les distributeurs et les constructeurs : développement des abonnements, mise en vente de consoles sans lecteur de disque, sortie du format physique retardée, magasins spécialisés se tournant de plus en plus vers l’équipement ou l’accessoire.

Nativement, la récente PS5 Pro ne peut plus lire de disques malgré sa taille.

L’envie des joueurs contre celle des constructeurs

Alors, est-ce que les joueurs achètent moins de jeux en format physique ? D’abord, il est évident qu’un jeu disposera toujours d’une version numérique mais pas forcément d’un format physique. De ce fait, le nombre de jeux vendus en numérique sera toujours supérieur. Mais pour autant, de nombreux consommateurs veulent être libres de leurs choix. Pour certains, avoir des boîtes de jeux permet de conserver un lien émotionnel unique avec les jeux qu’ils apprécient. Avoir la possibilité de les revendre permet aussi de réduire l’impact de ce loisir sur le budget – et à raison, quand on voit la hausse des prix des jeux vidéo -. Repenser le fonctionnement du marché du jeu vidéo pourrait être une manière de réconcilier la frilosité des distributeurs et l’envie des joueurs.

Les joueurs achètent certes moins de jeux en format physique, mais cela est une conséquence de ce que met en place le marché du jeu vidéo. Un grand nombre d’entre eux préféreraient largement avoir le choix dans leur manière de consommer le média, permettant ainsi une plus grande liberté de disposer de leur bien.

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